ARGENTINE  

 

QUEQUEN Vers BAHIA BLANCA (167 milles)

 

 

 

 

                                                   MARDI 25 NOVEMBRE 2002

Le vent violent contraire Ouest est tombé. Nous pouvons entamer la remontée du chenal nous menant à Port ROSALESE. En fait, pas d'abri, juste un pauvre môle qui ne protége contre rien, une baie ouverte sans construction ni âme qui vive

Nous continuons à remonter l’estuaire du RIO SAUCE CHICO, très large semé de bancs de sable qui découvrent à marée basse.

Il faut donc suivre des chenaux marqués par des bouées vertes et rouges lumineuses qui sillonnent à travers ce delta jusqu’à BELGRANO, 5 milles de plus. Je demande par V.H.F.la permission d’entrée, même scénario qu’à MONTEVIDEO : une grosse vedette surgit du port avant que nous y entrions.

 Un bateau pousseur croit voir Marie-Ange, plutôt un bateau re-pousseur. Il se met en travers de l’entrée on nous fait signe de faire marche arrière, de stopper la machine. A nouveau conciliabule à la radio : BELGRANO est un port militaire de l’Armada et de l’Aéronavale, il est interdit d’entrée.

LE PAMPERO

Vers 16 heures Marie-Ange m’indique que le ciel est bizarre, qu’un vent violent arrive sur nous

 En une minute une véritable tornade de vent et de pluie s'abat sur nous. Mal énorme à aveugler la grande voile et à la ceinturer avec des bouts, par chance le génois est enroulé. La mer fume et s’envole, malgré les bancs, une houle serrée se lève, le vent a tourné en un rien de temps de 180°.

Nous l’avons arrière, la poussée est très forte. Il faut tenir la barre ferme  entre les bouées du chenal. Plus de visibilité, la pluie est opaque, et l’entrée du môle  de Puerto Ingeniero White est à 2 milles.

Dans le ciel un  rouleau noir fonce sur  nous. Marie-Ange est en contact radio avec la Préfecture du Port.

« ne vous inquiétez pas, tout se passera bien" nous dit on  « un bateau de la préfecture vous attendra dès l’entrée du port pour vous prendre en charge » « suivez le bateau pilote qui arrive derrière vous ». Moteur au point mort, sans voiles nous filons 8 nœuds, impossible de freiner, dans ce chenal étroit.

 La Préfecture nous indique qu’elle nous suit très bien par radar « vous êtes à la bouée N°30 . Le pilote derrière nous a enregistré 70 Nœuds de vent à son anémomètre. Nous fil ons vert le port « very safety » disait notre interlocuteur. L’entrée est là,  un gros garde-côte nous attend, le pilote juste derrière, nous sommes bien encadrés, parfait…. Bientôt à l’abri.

Et le cauchemar commence.

Le port,  minuscule bassin, s’évase sud ouest, face au vent, à notre vent. Cela se termine par un mur très agressif en béton hérissé de fers rouillés. Nous y fonçons.

Marche arrière pour freiner le bateau, Marie-Ange déterminée mais tremblante devant le danger réel tient la barre ferme. Le vent hurle et la pluie nous aveugle. La Préfectura veut nous aider et nous lance des aussières grosses comme nos chevilles qui n’atteignent pas notre bord. Nous leur lançons les nôtres avec succès une fois sur deux.

 Mais les autres manœuvrent avec tant de brutalités et de force que l’on dirait qu’ils vont nous arracher nos taquets soudés à même notre coque, leur franc bord vient nous heurter avec violence.

 Le mât et notre gréement en sont ébranlés, nous craignons terriblement de démâter sous les coups de butoirs que subit  la proue du bateau, mais cela résiste.

Nous sommes poussés d’un bord du bassin à l’autre sans pouvoir nous accrocher nul part et avec l’angoisse de nous fracasser contre les bateaux énormes qui y sont amarrés. Notre hauban et bas hauban tribord raclent les bords du pont du garde-côte qui nous domine.

 Des mains se tendent pour les saisir nous plaquant contre leur coque et nous empêchant de nous dégager. Notre ancre sur le davier à l’avant fait des signatures énormes sur la belle coque blanche en plein milieu des lettres PREFECTURA de un mètre de haut, tagage mémorable, un véritable massacre.

Marie-Ange implore tout le monde de cesser leur bonne volonté d’aide. La dernière aussière qui nous relie par notre arrière au bateau de la préfecture, sous la brutalité des à coups s’arrache de son taquet. Dans sa détente, le cordage  va s’enrouler sous l’eau dans l’hélice, bloquant  le moteur. Plus moyen de manoeuvrer, nous partons à la dérive à 5 nds vers le mur de béton.

Le choc arrive, celui qui va d'abord détruire  le pilote Aries.

Mais nous réussissons à happer au passage le chandelier d’un bateau pousseur et à lui enrouler à la vitesse de l’éclair un cordage qui évidemment se défile immédiatement de nos mains. Notre coque glisse le long de son bord,et Marie-Ange reste  en suspension par les pieds sur notre bateau et les bras sur l’autre.

 Elle finit par lâcher, suspendue dans le vide par la force de ses poignets, et tombe pesamment sur un gros taquet bien rouillé. Aussitôt, quelqu’un  l’arrache de là  par ses vêtements pour la remettre sur pied. Tandis qu' un autre m’envoie in extremis un bout qui va stabiliser et stopper le bateau un mètre avant le fameux mur, assailli par les vagues.

Tout cela par 50 nds de vent. Impossible de faire tourner le bateau, moteur poussé à fond de ses 40 cv. Le bassin  trop petit complètement ouvert au vent, véritable souricière.

Peu à peu tout se remet en place. D’autres aussières, d’autres bras ramènent SAIL ROVER à couple du pousseur, enfin saufs. Marie-Ange s’en tirera avec une cuisse droite complètement tuméfiée, meurtrie et griffée, un hématome grand comme 2 mains, un pantalon déchiré. Tous arrivent de toutes parts : proposent ci et cela, de conduire Marie-Ange à l’hôpital…. etc.

« Tout va bien, s’il vous plaît, nous allons dormir »

En fait, le mouillage protégé est juste à tribord et non à bâbord du quai d'entrée vers lequel on nous a dirigés.

Nous n'avons plus connu pareil cauchemar pendant les quelques jours passés dans cet endroit bien sympathique où les gens sont si chaleureux. 

 Visite de la ville que nous  parcourons à pied. Ici PORT GALVAN, INGENIEUR WHITE ou PORT NATIONAL sont de petites localités, et quelques  semblants de quais courts, ouverts et sans protection équipés de terminaux pour les cargos qui viennent charger des céréales : Mais, Blé ; du Malt, des fertilisants.

Le décor est essentiellement fait d’immenses usines en béton avec des circuits de transfert sur tapis roulants.      Odeurs bien particulières de Malt ou autres,fine poussière de balle de grains  dans les airs. Bruit de machines  tournant sans interruption. 

 PORT NATIONAL  INGENIEUR WHITE  LAT. 38°47'431 S. LONG.062°16'255 W.

   

MERCREDI 4 DECEMBRE 2002

INGENIEUR WHITE vers PENINSULE DE VALDES(265 milles)

6heures PREFECTURA pour validation de notre départ, prendre une dernière météo sur papier. 6h15 nous larguons les amarres avec un vent de 20 nœuds Nord est. Ciel bleu, mer haute, prenons le chenal, faisant des sinuosités entre les bouées vertes et rouges et les bancs de sable, sortant avec le courant.