BRESIL  

 

APPROCHE DE L'ESTUAIRE DE L'AMAZONIE

PAR LE FLEUVE "PARA"

 

 

Belém                        pilotis                         l'Amazone                 pirogue                 fleuve PARA

(cliquer gauche sur titres ou photos)

- Arrivée à BELEM

- VISITE EN AMAZONIE

SEPTEMBRE 2004

Nuit habituelle. Vitesse et bateaux de pêche. Sommes passés sans s'en rendre compte sur l’extrémité d’un filet, averti par le raclement des flotteurs sur la coque.

A quinze milles de l’entrée de l’estuaire de l’AMAZONIE la vitesse tombe subitement au-dessous de 3 nœuds. Nous subissons le courant du fleuve à marée descendante.

 Ne voyons rien d’autre que les eaux jaunes couleur de boue. La terre n’est pas en vue, l’estuaire est si large qu’il n’est pas possible d’en voir les bords. Deux cargos qui viennent du fleuve et s’en vont vers la haute mer nous montrent que nous sommes sur la bonne route. Nous scrutons devant nous afin d’essayer de découvrir les balises qui marquent les premiers bancs de l’entrée, surveillant notre G.P.S. nous indiquant les positions préalablement rentrées à l’avance.

QUE DE PECHEURS!!!

La mer maintenant commence à remonter, nous sommes entraînés par son flot. Malgré deux ris dans la grande voile et le génois à moitié enroulé nous sommes propulsés à plus de huit nœuds, navigant bien à plat sur des eaux mouvementés dues à la présence des hauts fonds qui s’étalent largement. Nous allons de balises en balises autour desquelles un fourmillement de bateaux à moteur, ceux des pêcheurs venus mettre leurs kilomètres de filets.

 Une multitude, jamais rencontré encore, de perches et de flotteurs, un labyrinthe à perte de vue sans pouvoir en deviner le sens. Nous essayons de manœuvrer,vent arrière, voiles en ciseaux,de zigzaguer, en évitant les uns, nous tombons sur les autres.

La nuit ne nous permet plus de tout voir. Souvent nous passerons sur les cordages entre deux flotteurs de polystyrène, inquiets aux premiers, confiants pour les suivants. Notre dérive arrière fait merveille, elle passe sans dommage, ce qui ne nous empêche pas de jeter derrière nous, à chaque fois, un regard inquiet afin de constater que rien ne traîne derrière nous.

Notre vitesse, signe qui ne trompe pas, est toujours égale et supérieure à 8 nœuds. Il nous faudra 5 à 6 heures avant de constater que nous avons quitté le large, que nous sommes bien sur le RIO PARA dont on n’en distingue toujours pas les bords

Premiers éclats des phares sur notre gauche vers vingt et une heure. Nous décidons de continuer notre chevauchée, les pêcheurs se font plus rares, encore un cargo sortant, tout est clair devant nous, encouragés par une peine lune qui nous éclaire fort.

Nous continuons en direction de BELEM situé à 80 milles à l’intérieur des terres sur les bords de cet énorme fleuve dont la largeur à hauteur de cette ville est encore de plus de douze milles. Des dimensions que, nous Européens, avons bien du mal à imaginer. Nous sommes sans doute parmi les pays les plus riches mais aussi parmi les plus petits. Le Brésil grand comme seize fois la France. Nos fleuves paraissent être des ruisseaux à côté des immenses voies intérieures navigables de l’Amérique du Sud.

ARRIVEE A BELEM : 20 septembre 2003

Au petit matin, le ciel commence à pâlir et nous commençons à distinguer les abords de la ville de BELEM. La masse des buildings noyés dans l’humidité de l’atmosphère et à contre jour pour nous sur fond de soleil levant reste encore imprécise. Le front fluvial nous apparaît comme il y a plus d’un siècle.

Des quais bordés de pilotis, de petits pontons en bois autour desquels s’amassent par grappes des centaines de bateaux de transport de passagers, de petits passeurs, d’affairistes.

Des quais empierrés et des cargos chargeant, pour plus de la moitié, des cargaisons de bois.

 Nous longeons le centre des marchés de produits régionaux, les halles aux poissons groupées autour d’églises, de basilique, majestueuses constructions de style portugais, un fort militaire.

 Le fleuve est sillonné par des centaines de coques surmontées de constructions fermées sur l’arrière, arrondies, larges et basses sur l’eau. Tous pétaradent fort de la même façon, un tac tac tac bruyant de moteur deux temps qui fume noir et sent l’huile mal brûlée.

Ces embarcations nous coupent la route à droite, à gauche, nous croisent et nous dépassent dans un bouillonnement et un fourmillement incessant. Vides ou chargés : sacs de charbon de bois, bidons, caisses de boissons sur l’avant, au milieu les passagers serrés les uns contre les autres, assis au ras de l’eau, regardent défiler les abords, placides, sans démonstration.

 

 

Il faut contourner toute la presqu’île de BELEM avant d’arriver au « IATE CLUBE DO PARA » . Des Moorings dans l’eau que l’on peut prendre sans mettre l’ancre.

 Une quinzaine de voiliers et de grosses unités à moteur sont à flot, le reste est remisé sous des hangars,que des vedettes modernes que l’on met à l’eau le jour et remonte à la nuit.

 La fin de semaine c’est un ballet incessant. Vers 18 heures, le treuil et le tracteur du club ne chôment pas.

 Tandis que les embarcations pleines de monde, tournent en rond avec impatience, musique à fond, certains dansent, s’interpellent, boivent un verre à leur bord en attendant leur tour.

MOUILLAGE YACHT CLUB  :

 BELEM LAT 1°29 S LONG 48°28 W

 

VISITE EN AMAZONIE

ESCALES : BELEM-AFUA : 274 milles

24 septembre 2003 au 31 septembre 2003

 

1 : PUNTA NEGRA (61milles)

2 : ILE ARARAS (50 milles)

3 : BREEVES (42 milles)

4 : PUERTO MARPINTO (65 milles)

5 : AFUA (56 milles)

6 : IGARAPE DO ADAO (46 milles)

 

- SORTIE par l'AMAZONE

(cliquez gauche sur chaque ligne)

 

MARDI 24 SEPTEMBRE 2003

BELEM à PUNTA NEGRA : 61 milles

Cartes très détaillées en main et itinéraire tracé au préalable par un capitaine habitué au trajet Belem-Manaus, nous levons l'ancre à 6 heures, juste après l’aube avec la marée. Le yacht club est sur le rio Gama et nous rejoignons le rio Arozo plutôt étroit qui zigzague fortement. Nous sommes le seul voilier à nous aventurer vers l'île de MARAJO, à cette époque.

Charmes de la nature, petites maisons sur pilotis, verdure, beaucoup d’arbres qui ont l’air de sortir de l’eau tellement les îles sont inexistantes en altitude, en réalité ce sont des marécages boueux.

Après quelques milles de méandres voici à nouveau l'immense Rio Para, véritable bras de mer intérieure dont nous devons rejoindre l’autre rive, nous n’en voyons même pas la présence qui est à 10 milles d’où nous sommes. Vent et courant favorables, nous déroulons le génois, plus tard la grand voile.

Vitesse plus de 9 nœuds, un peu de houle, nous voguons sur un fleuve de boue, le sable se dépose sur la jupe arrière qui se recouvre d’eau à cette vitesse.

Sur notre gauche au loin, un port important situé avant le grand barrage de TUCURUI, le plus grand du monde d’après le guide « lonely planet ».

Quatre cargos sont en attente à l’ancre. Nous filons sur l’île de Marajo que nous allons longer et contourner par le sud ouest. Nous retrouvons la terre des îles, des hauts fonds, nous respectons les balises qui marquent l’entrée du chenal nord.

Nous serpentons entre des quantités d’îles plus ou moins grandes, nous croisons des masses d’herbe à la dérive.

Ce matin nous sommes passés trop tard près de l’île aux perroquets. L’idéal est le levé ou couché du soleil et l’on peut admirer l’envol de 50.000 oiseaux qui obscurcissent le ciel en piaillant. Le spectacle touristique est réputé et recherché et nous croisons de nombreux bateaux de charter qui en reviennent.

Le courant s’est inversé et notre vitesse est tombée en dessous de 2.5 nœuds, inutile d’insister et la nuit tombe.

Il nous faut trouver un endroit pour passer la nuit en retrait du passage.

Car toute la nuit des bateaux puissants vont nous dépasser.

 Barges contenant plus de 20 containers avec pousseurs, bateaux en tout genre chargés de marchandises, ou d’immense billes de bois, de sable ou de troupeaux de vaches.

 

La journée, le spectacle est surprenant, les habitants des rives se déplacent avec de petites embarcations, très fines et plates, peu larges, 4 mètres de long, de véritables périssoires qui semblent fragiles et peu stables.

Ils se lancent à la rencontre de ces bateaux à pleine vitesse, les attrapent au vol par l’arrière à l’aide de crochet ou d’un cordage.

 Peu après ce spectacle étonnant, nous cherchons un emplacement le long d’une berge.

 Il y a un ponton de troncs empilés au bout duquel un semblant d’entrepôt vétuste abrite une famille puis deux autres maisons dont l’une à l’air neuf est joliment peinte, une barque habitable y est accrochée.

 La forêt est tout autour jusqu’au bord, les racines dans l’eau. Le site nous semble bien pour mettre l’ancre. On sonde avec le plomb… 12 mètres…encore 12 mètres alors on s’approche allègrement et d’un coup 1,50 mètres, arrière…arrière…

Nous sommes plantés dans la boue et le sable. Je me précipite pour relever la dérive arrière qui était descendue, alors que Marie-Ange aux manettes, recule. La manœuvre est efficace et réussissons à nous dégager et à ancrer juste un peu en arrière, mais tout en bordure de l'intense circulation.

Nuit très mouvementée. Notre flash bleu branché en permanence dès l’obscurité surprend tous les bateaux de transport ou de passagers qui eux ne s’arrêtent jamais la nuit, on est sans cesse inondé par de puissants projecteurs.

Nous avons établi dans le cockpit un système d’alarme simple contre les petites mains baladeuses : une clochette suspendue à un fil de pêche zigzagant d’un côté à l’autre. Je m’y prendrais le pied souvent durant la nuit car la houle soulevée par les bateaux pousseurs actionnait la clochette, me faisant bondir hors de la couchette croyant à un intrus sur le bateau.

PUNTA NEGRA : LAT  01°37'597 S LONG 049°14'693 W

 

JEUDI 25 SEPTEMBRE 2003

 PUNTA NEGRA vers  L’ILE ARARAS : 50 milles.

Au petit matin, le jour se lève vers 5 h 30, avec un concert de cris d’oiseaux, d’envol de perroquets deux par deux, tout cela résonne à travers la forêt.

Un véritable jardin botanique s’est enroulé autour de la chaîne, des sortes de nénuphars avec leurs fleurs presque écloses, tiges et racines prêtes à reprendre sur un sol nouveau.

Journée à naviguer sur un lac géant, qui se transforme en chenal très large sillonnant entre des amas de verdure. Au loin, les îles ressemblent à de grands traits sur l’eau, bandes sur lesquelles est collée une masse verte.

De temps à autre des balises bien entretenues mais sans lumière la nuit, indique un virage, haut fond ou division de bras de rivière, comme l’embranchement pour Santarem et Manaus d’un côté et Macapa sortie Amazone Nord d’autre part.

Nous croisons toujours, ces énormes pousseurs de barges, quelques fois lourdement chargées de bois, de fûts énormes, si pleines à ras le bord, que le pousseur, pourtant puissant, peine.

 Nous essayons de faire le plus de milles possible dans la journée en profitons du courant ou de l’étale, et tout au moteur, car le vent est pratiquement inexistant, rendant la chaleur et l’humidité à peine supportable, malgré les doubles tauds de soleil installés sur le cockpit.

Les marées semblent parfois durer plus de sept heures, nous avançons jusqu’à la tombée du soir, dépassant certains points de chute prévus, et cherchons pour notre sécurité un endroit habité.

ILES ARARAS  :  LAT 01°48'361 S LONG 050°08'875 W

Ce soir, nous entrons entre deux petites îles séparées par un chenal de 200 mètres de large, ses maisons sur la rive gauche flanquées d’une minuscule église le tout en bois sur pilotis alignées le long du fleuve avec chacune un petit ponton, pour leur barque, rien derrière puisque c’est la forêt marécageuse.

Sur l’autre rive, même décor avec une maison plus pimpante, peinte en blanc. Je sonde avec le plomb, 10 à 12 mètres partout, et nous voilà envahis par une dizaine de barques typiques de ces coins, légères à fond plat relevées à l’avant et à l’arrière, chargées d’enfants qui fondent sur nous, riant, jacassant, s’accrochant à nos filières.

Le décor est magnifique, mais les enfants deviennent vite envahissants voulant monter dans le cockpit,il faut gendarmer pour garder les distances, en mettant tout ce que l’on peut à l’intérieur à l’abri des petites mains chapardeuses qui tripotent tout. Il a fallu s’enfermer en leur faisant comprendre que l’on souhaitait dormir.

 

                                                         

 26 SEPTEMBRE 2003

ile ARARAS vers BREEVES - 42 milles

 Nous repartons au moteur pour BREEVES, il nous faut prévoir au minimum 9 heures de moteur chaque jour, le vent souvent absent.

Nous avançons sur une grande mer d’îles, croisons à nouveau les pousseurs et leurs barges chargées à couler de bois.

D’autres bateaux dont les passagers sont encore ensommeillés dans leurs hamacs emmêlés  se balancent les uns au-dessus des autres.

Lors de passage de rivière plus étroits, on voit à nouveau se détacher de la rive, les fameuses embarcations plates qui semblent si fragiles. Les rameurs se précipitent vers nous.

 Souvent ce sont des femmes avec leur bébé sur les genoux, qui proposent des coeurs de palmier.

 Le « jeu » est d’essayer d’attraper en pleine vitesse l’arrière d'un bateau pour s’y accrocher et se laisser remorquer en passant vite une amarre sur un balcon. En arrivant près de notre coque, ils n’hésitent pas à se laisser heurter pour se retrouver parallèle à notre bord. Nous les dissuadons gentiment, distrayant leur attention en lançant des bonbons dans leur esquif, sinon, si on se laisse faire, on pourrait en tirer 10 à la queue leu leu.

Le chenal a de nouveau une grande largeur avec des fonds de 20 à 30 mètres, nous rasons la berge pour observer la végétation et essayer de saisir la vie de ces bordures impénétrables.

Des milliers de petits papillons jaunes, comme s’il en neigeait, partent d’un bord à l’autre.

A l’arrivée à BREEVES, moitié du chemin que nous nous sommes fixés pour traverser cette partie de l’Amazonie, nous avons la surprise d’y trouver amarré un énorme cargo en train de charger du bois qui semble être la base principale du commerce de cette grosse bourgade. Nous sommes à 300 milles à l'intérieur des terres.

Extraordinaire surprise de la journée, nous assistons à l’évolution d’un gros dauphin rose, rose comme un cochon, race qui n’a pas de vision et qui se dirige uniquement par émission d’ondes et dans son sillage saute une grosse raie noire.

BREEVES : LAT 01°41'486 S LONG 050°28’878 W

14 h 30, nous quittons BREEVES et repartons par un furo très étroit pas plus de 20 mètres de large, impression de ne pas avoir de place pour faire demi-tour, beaucoup de cases en bordure. La journée se passe à regarder la végétation si dense à portée de main.

 Plus tard dans l’après-midi, nous rejoignons un large bras sur lequel circulent les barges et leur pousseur dont le pilote est très haut perché pour voir devant au loin.

 Le jour baissant et le courant devenant contre, nous cherchons l’endroit idéal pour mettre l’ancre.

 Essai devant un premier village avec un petit temple en bois toujours « l’assemblée de Deus ».

Trop de fond, la sonde n’arrive pas à toucher le sable, repartons pour nous installer un peu plus loin devant une maison avec un joli ponton et une immense antenne parabolique de télévision (factice ou pas !) on ancre par 7 mètres de fond.

La maison est en réalité une épicerie, pied dans l’eau, le propriétaire attend le client assis dans le crépuscule sans lumière. Il répond à notre bonsoir par un grognement.

Nous branchons notre clignotant bleu, comme toujours cela intriguera toute la nuit les convois qui au passage nous inonderont de lumière puissante. On ne sait pas comment la nuit ils se dirigent, il n’y a aucune balise éclairée, que le ruban plus clair du fleuve sous les étoiles. Nuit calme et au petit matin, nous assistons au concert des cris d’oiseaux et à l’envol deux par deux des perroquets.

 

Samedi 27 Septembre 2003

BREEVES vers PUERTO MARPINTO : 65 milles

6 h Le fleuve est large au moins un demi mille, cases éparpillées sur les rives, beaucoup de ces petites embarcations locales avec deux ou trois rameurs.

Pendant toute la journée, nous fendons des nuages de papillons jaunes volant dans le sens de la brise.

 nous croisons des bateaux poussifs traînant péniblement des charges flottantes, trop lourdes pour eux, faites de radeaux de gros troncs d’arbre. C’est un pays de scieries, il y en a des quantités installées avec des moyens, sommaires qui débitent des planches à longueur d’année, ensuite dressées en faisceaux pour faire sécher le bois.

 La journée avance, plusieurs bras sont venus rejoindre notre cours qui devient énorme, deux milles de large nous donnant la sensation d’être sur un immense lac. Brise et courant contre, en fin de journée nous ne naviguons plus qu’à 2,5 nœuds, il va falloir nous arrêter.

Nous choisissons avant la nuit une scierie énorme et ultra moderne, bien agencée, organisée, des réserves de planches à l’infini.

 

Des villas en bois, propres, fleuries avec petite plage et ponton personnalisé, bâties en angle sur le Furo Grande, petite rivière calme.

Nous mettons l’ancre par 11 mètres de fond juste avant que l’un de ces orages amazoniens ne se déchaîne, apportant avec lui, vent et pluies vraiment tropicales, nous rafraîchissant et nous rinçant agréablement.

 

PUERTO MARPINTO :

LAT 00°54’493S LONG 050°47’293W

            

Dimanche 28 Septembre 2003

PUERTO MARPINTO vers AFUA : 56 milles.

Notre nuit aura été très bonne, très calme, juste une ou deux pétarades de barcasse attardée et l’arrivée à 20 h 30 d’un gros bateau de passagers et transport de marchandise qui est reparti 1 heure après, intrigué, par notre flash bleu.

La journée sera morne, très chaude et étouffante, sans grandes distractions. Notre zone de navigation est très large, une énormité qui n’en laisse pas voir la rive opposée. Nous commençons à ressentir le vent du nord est qui se heurte au courant et lève un clapot, cela nous freine et rend désagréable la progression qui jusqu'à présent s’accomplissait sur une eau parfaitement plate.

AFUA : LAT 00°09’091 S LONG 050°23'297 W

Encore des scieries. AFUA se profile au loin devant nous. La ville est située à un carrefour de 4 larges bras d’eau. Nous distinguons une grande scierie à droite, une façade aménagée comme une promenade, des maisons bien alignées, serrées les unes contre les autres, l’église repeinte à neuf, toute une série de bateaux pour voyageurs disposés perpendiculaire à la berge. Les profondeurs annoncées sur la carte sont de 18 mètres, nous sondons un endroit moins profond pour mouiller, en tournant et en virant devant la ville.

L’endroit est bien choisi, calme et vivant, d’un côté la ville, la forêt de l’autre avec quelques cases où des enfants s’ébattent se baignent, un va et vient de petites embarcations, sans envahissement.

AFUA est renommée comme étant une ville sur l’eau. On découvre un quadrillage de rues faites de pontons dont les axes principaux sont en béton. Les autres sont faits de bois, très solidement construits les uns comme les autres, 4 mètres de large se coupant à angle droit, poteaux régulièrement espacés chacun supportant les fils électriques et une série de petits haut-parleurs diffusant agréablement de la musique en continue.

 Les maisons sont toutes bien alignées, bien entretenues, toutes sur pilotis. Certains ont réussi quelques plantations de bougainvilliers, un palmier ou un arbre curieusement taillé en boule. Ces étranges rues ont toutes des noms avec des pancartes de signalisation, beaucoup d’animation. Pas de voiture, pas d’engin à moteur que des bicyclettes individuelles, ou de livraison ou de transport à trois roues. Tout cela roule en silence, juste un tac tac tac sur les pontons de bois, pas de sonnette, les gens vous évitent avec aisance et souplesse.

laissant l’annexe sur un des pilotis du poste de carburant.

Le front fluvial a été aménagé en promenade publique, une plage faite de planches descend en pente douce dans le fleuve. Même un terrain de foot entouré de haut grillage a été construit sur pilotis mais sur sol en béton recouvert d’une épaisse couche de sciure bien tassée.          

Ville de 25.000 habitants, dernière agglomération avant l’océan.         .

Encore une fois, impossible de téléphoner, pas d’Internet, et puis le pompiste refuse et carte bleue internationale et les euros, il ne nous reste plus qu’à liquider nos derniers réals pour obtenir 24 litres de gasoil(la moitié d’un euro le litre).

La chaleur est toujours aussi lourde à supporter, le moindre effort nous met en nage malgré les 2 tauds superposés laissant un volume d’air entre eux 2 pour plus d’efficacité et nos fantômes à 4 pans, appelés cardinaux et qui prennent le vent de n’importe quel côté, lorsqu’il en a.

ON DERAPE!!!

A 15 h 30, pleine sieste, bien ventilés à l’intérieur, un bon livre en main, le courant vient de s’inverser, il est dans sa phase la plus forte, 4 nœuds et plus, c’est un bouillonnement énorme comme un mascaret.

Des tourbillons de branchages de bois, des plantes défilent griffant notre coque au passage et se mettent un moment à cheval sur la chaîne. Un teuf teuf traînant un train de bois flottant, nous évite habilement.

Nous le regardons manœuvrer avec sa charge qui passe devant lui, il marche à vitesse réduite entraîné en travers du courant, essayant de contrôler le trajet des troncs liés ensemble, il tire dur, et lutte fort.

Lecture reprise, fraîcheur retrouvée, enfin toute relative, 35° en permanence minimum dans le bateau, mais cela est supportable allongé et peu ou pas vêtu. Notre pseudo frigo Coleman marchant sur les panneaux solaires refroidit à 10 ° en dessous de la température ambiance, nous permet de boire « frais ».

Soudain les arbres et la station de carburant se mettent à défiler à travers les hublots, branle bas de combat, le bateau s’en va.           

Nous bondissons sur le pont pour comprendre qu’un gros tronc de palmier est plaqué le long de notre bord, une partie de ses branches et fruits est prise dans la chaîne, il a 2,20 m de diamètre et pèse au moins 7 tonnes.

Nous descendons sur ce ponton pour essayer de le repousser, filant avec le courant à une vitesse vertigineuse vers l’autre rive avec notre ancre suspendue au bout de sa chaîne dans des fonds de plus 30 mètres. Nous avons rejoint le plus gros bras de rivière qui passe devant AFUA, la ville défile sous nos yeux. Après de durs efforts nous réussissons à larguer notre charge qui passera devant la fameuse plage artificielle, où 10 jeunes se jetteront dessus et se laisseront porter pendant un moment.

Remonter la chaîne et son ancre au bout de ses 30 m, avec le guindeau manuel est une épreuve de force épuisante sous cette chaleur, ensuite il nous faudra du temps, à contre courant, pour rattraper les deux milles et revenir à notre mouillage initial.

 

 Mardi 30 Septembre 2003

AFUA vers la sortie nord de L’AMAZONE

IGARAPE ADAO : 46 milles

5h45, départ à l’aube et à la fraîche. Espérons que les courants, si difficiles à prévoir, sont avec nous, un petit vent nous aide 1 h 30. Et puis la vitesse tombe progressivement de 6 à 3 nœuds, sans table officielle, sans précisions, il est très difficile d’estimer les heures de hautes ou basses marées. Elles se décalent à mesure que nous approchons de l’océan, et tous les rios et igarapés qui se jettent dans l’axe principal agissent sur le courant.

Quantités d’îlots flottants et d’espèces de jacinthe d’eau dérivent, bouquets de feuilles vertes se dressant de 30 cm au-dessus de l’eau soutenus par leurs tiges enchevêtrées.

Rhizomes prêts à se fixer sur de la boue, un piquet ou autre banc de sable, peuvent progresser en une seul nuit de 1 mètre et faire le long d’une berge une véritable barrière de tiges verticales.

Nous retrouvons l’immense lit de l’Amazone, 20 milles de large, et nous longeons la berge à distance raisonnable, car ici, il y a des bancs sur les bords. Vers 15 h, la renverse se fait sentir et la vitesse tombe à moins de 2 nœuds.

Nous décidons de nous arrêter et rentrons dans un igarapé (petit rio) raisonnablement large où nous retrouvons aussitôt calme, silence, jungle.

De nombreux méandres nous font accéder dans un coude à un espace plus large arrondi comme un petit étang. La sonde donne 7 à 8 mètres, après le marnage de 5 mètres, ce sera encore suffisant.

 Dans le virage, une maison en bois, coquette, des gens cachés derrière leurs ouvertures n’osent se montrer.

Cette intrusion les inquiète fortement, malgré nos signes de salut auxquels personne ne répond

 Le bassin où nous sommes est animé par un courant de marée qui crée un lent tourbillon, et nous pivotant sans fin, découvrant un décor toujours changeant de cet endroit paradisiaque. On appréciera ce dernier repos avant la remontée vers la Guyane quelques 400 milles plus loin.

Des perroquets toujours deux par deux, passent et repassent en jacassant très fort. La nuit tombe, vers 18 h, un grand feu est allumé dans une maison en végétal qui doit être l’annexe cuisine de la grande maison, un jeune enfant pleure, mais personne ne se montre;

Le mari arrive avec sa fine barque mais ne répond pas à nos saluts. Nous passerons la journée suivante à récupérer, à regarder la nature et attendre 18 heures la renverse pour partir avec le courant.

IGARAPE DO ADAO  : LAT 00°28'587 N LONG 050°24'534 W

 

Vers LA GUYANE

  Mardi 1 octobre 2003

17h30, l’ancre est levée, le courant pas encore vraiment inversé. Nous quittons à petite vitesse, faisant des « adios » et agitations de bras, à notre étonnement, on nous répond chaleureusement, car soulagés de nous voir disparaître, les gens reprennent confiance.

L’Amazone regagnée, le fleuve retrouve son immensité, impossible d’apercevoir l’autre rive, 20 milles plus loin. Nous longeons la terre sur notre droite, envahie tout le long de troncs d’arbre échoués. Nous croisons les derniers bateaux de passagers, en partance vers MANAUS.  Encore quelques maisons au pied d’une haute antenne de signalisation, et puis plus rien.

Et la navigation de nuit pour la sortie de l’estuaire gigantesque commence sérieusement. L’Amazone tourne à angle droit vers l’est, puis revient vers le nord, roulant des eaux boueuses presque marron, passant sur des vastes bancs et hauts fonds qu’il faut à tout prix éviter.

 Le vent est contre nous, est du Nord-est, et la houle aussi bien entendu, le moteur se défend aussi bien qu’il peut, mais pas l’estomac de Marie-Ange. En début de soirée, le courant aidant, nous irons bon train à 7 nœuds, la présence des hauts fonds semés un peu partout l’accélèrent, mais forment des eaux tumultueuses, lèvent une houle non disciplinée, qui nous prend d’assaut de toutes parts, ballottant le bateau de façon très très inconfortable.

 La vitesse au moment de la renverse ne sera plus que de 1,6 nœud, désespérément, nous aurons progressé en 6 heures que de 9 milles, pendant toute la nuit Les pilotes ne tiennent pas, ni l’électrique, ni le régulateur aérien, trop de courant et trop de houle de face, la grand voile toujours fassaillante, et cela jusqu’à 120 milles plus au nord, là où l’aspiration de l’estuaire est moins forte, la houle plus régulière et le vent enfin de travers.

 Nous ferons ce parcours en 25 heures, sans pouvoir stopper le moteur, sans avoir plus de 6 mètres sous la coque exception faite lorsque nous avons coupé le chenal des cargos 12 à 15 mètres. Par chance, au moment où nous luttions dans ce tohu-bohu, le temps était beau, pas d’orage, pas de coup de vent extraordinaire, nous luttions dans des conditions normales.

 Les courants semblaient nous porter sans arrêt vers la côte nord, continuellement il fallait reprendre le cap. Alors le pilote électrique ne comprenant plus rien sur cette marmite bouillonnante,  nous oblige à nous relayer à la barre, toute la nuit.

 

 

 Vendredi 3 Octobre 2003

Après la 25ème heure, le vent est passé de travers, la mer moins endiablée, les eaux redevenues plus jaunes.

Nous avons pu hisser les voiles et enfin mettre le régulateur d’allure. L’idéal de navigation s’installait et le repos avec.

7 nœuds et jusqu’à plus de 9 nœuds grâce au courant permanent portant vers le Nord Est de l’Amérique du Sud. Les mouvements du bateau sont redevenus agréables enfin dormir…..

La moyenne remontait allègrement et les milles s’égrenaient rapidement. Les eaux avec le temps sont redevenues claires, des petites bonites faisaient des bonds et des oiseaux étaient à nouveau sur la mer, et de temps des bateaux de pêches qu’il fallait pourtant surveiller.

Vers la Guyane