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MANTA - le port                    MANTA                      marina   LUCIA       GUAYAQUIL

(cliquez gauche sur la photo)

- MANTA

- SALINAS

Iles Las Perlas-PANAMA vers MANTA en EQUATEUR : 570 MILLES (5jours)

MARDI 8 MARS 2005 :  cap : 190° vent faible dominant SUD

  8 heures l’ancre est remontée, nous quittons à regret ce décor magnifique d’arbres, de plages, de rochers et d’îlots émergeant de la mer. Le booster est hissé.   Cap 190 °. Un petit souffle N.N-O nous éloigne doucement de la côte : le booster tient gonflé, la vitesse ne dépasse pas 4 nœuds.

 Une houle régulière du Sud soulève le bateau. Nous traversons des barrières de courant à temps régulier.  L’eau frissonne presque en un bouillonnement avec un bruit inquiétant au début mais on finit par s’y faire.

6 heures de voiles pour terminer sans vent, sans rien, la surface de l’eau est un miroir.

 Il faut se résoudre à mettre en route le moteur et remettre le booster dans son sac. Il est 16 heures.

            Seule consolation, à midi nous avons dévoré une bonite qui est venue se prendre à notre ligne peu avant l’heure du repas.

 

MERCREDI 9 MARS 2005

vers MANTA (Equateur) 2ème journée

 Voilà 24 heures que le moteur tourne sans discontinuer. Ce qui est pénible, c’est le bruit de fond dont il emplit nos oreilles. Et ce qui est révoltant, est que l’anode que j’ai remplacée aux Iles Perlas, il y a 4 jours, s’est desserrée et vibre terriblement, faisant un vacarme très pénible et continuel qui se répand à travers toute la coque.

D’autant plus désagréable qu’elle est neuve et que nous avons encore 500 milles à couvrir.  Nous guettons le vent, des petits bouts de toile sont sortis qu’il faut manipuler sans cesse.

 Nous avons un souffle mais dans le nez, cela laisse augurer encore trois jours de « bourrin » et de séance de claquettes de la part de l’anode, une sorte de marteau piqueur qui habite le bateau en permanence, à la limite du supportable.

   Le jour tombe à nouveau. Le champ de la vue se rétrécit avec la lumière qui diminue, enfermés dans le noir, par une nuit sans lune. Il y a toujours un peu d’angoisse. On se demande ce qu’il peut se passer dans ces moments où nous avançons dans l’inconnu.

 La mer identique, les nuages parsèment le ciel. Au fur et à mesure de la nuit rien ne se modifie puis le ciel de dégage. Les étoiles tapissent le noir de dessins extraordinaires et imaginaires qui se répètent chaque nuit, rien d’autre à faire que d’attendre et laisser le temps s’écouler.

 Somnoler et même dormir. Rien vu depuis notre départ, plus rien n’existe que l’eau ; pas même un oiseau. On prend alors confiance et l’on dort plus longtemps, tous les deux de surcroît, plus profondément. Et la veille se relâche, forcément.

 Tout à coup, un œil à l’extérieur. Il y a un gros cargo qui vient de nous croiser. Manifestement il a vu nos feux en haut du mât puisqu’il décrit une courbe et reprend maintenant sa route juste derrière nous, dans notre alignement.

 Notre sillage est féerique, la coque glisse sur une rivière de luminescence de plancton, si puissante qu’à l’arrière c’est un véritable éclairage qui se poursuit loin derrière nous, spectacle fascinant. Dans le ciel c’est un ballet de lumières clignotantes,les vols incessants d’avions qui se croisent parmi les étoiles.

VENDREDI 11 MARS 2005

vers MANTA (Equateur) 3ème journée : INQUIETUDE

Même situation, même vent, même courant contre de 1.3 noeud, même bruit de claquettes. Aperçu une faible lumière sur la mer cette nuit, à notre tribord.

Vers midi tout à coup, une barque de pêche nous accoste, juste équipée d'un bac à glace, sur notre flanc gauche, sans les voir arriver!!!!

J’ai juste le temps de dire à Marie-Ange de monter la grosse bombe de défense à pression. Quoi penser, l’on devient un peu paranoïa avec toutes ces histoires de piratage échangées entre voiliers !

Trois jeunes pêcheurs pas antipathiques, leur barque encombrée par des longues lignes avec des flotteurs faits de bidons plastique de 5 litres. Nous sommes sur nos gardes tout en les saluant. Ils nous font comprendre qu’ils voudraient de l’eau potable et de quoi manger.

TONY refuse d'abord, mais Marie-Ange, plus diplomate, leur tend un bidon, auquel elle ajoute un gros paquet de chips. Ils viennent du port d’Esméralda donc à 120 milles de l’endroit où nous sommes. Ils sont ravis comme des gamins qu’ils sont d’ailleurs.  Remerciements et adieu, ils partent rejoindre leurs lignes dérivantes déjà posées.....

SAMEDI 12 MARS 2005

en mer vers MANTA(Equateur) 4éme journée :  PANNE DE MOTEUR

Voici 4 fois 24 heures que notre moteur tourne sans discontinuer, nous traversons le pot au noir. Pas un poil de vent, mer plate. A 9 heures : stupeur et angoisse, une alarme du moteur se met à brailler, le signal température s’est affiché sur la console, le moteur vient de stopper.

Affreux silence.

Le port d’ESMERALDA en Equateur est à 70 milles, comment le rejoindre, comment remonter le long chenal balisé. Une chance tous les trois jours de voir un pêcheur et pourrait il nous remorquer, dans l’éventualité où nous arriverons à nous faire voir de lui ?

 Nous attaquons le problème immédiatement, un jeu de clefs impressionnant, tenue de travail, vieilles chaussures au pied. Notre moteur se trouve sous nos pieds dans le cockpit, l’emplacement est juste fait pour lui, pas moyen d’accéder autour. Il faut travailler au-dessus, à plat ventre sur lui qui est bouillant et la tête en bas, en ce qui concerne l’accès à la pompe d’eau de mer.

 Elle est notre premier but, voir si l’alimentation pour le refroidissement se fait, vérifier la turbine. Quatre pales sont détruites sur six. Heureusement nous avons toujours une en réserve.

 La remplacer, démonter le circuit d’alimentation afin d’en récupérer les bouts et débris. Démonter, remonter, revérifier, resserrer, essayer. Le vase d’expansion de l’eau de mer reste désespérément vide, l’aspiration ne se fait plus.  Voir sous la coque les bouches d’aspiration, démonter jusqu’au col de cygne.  Le moteur lui même démarre, mais ne répond plus à la demande d’accélération et s’ arrête aussitôt.

 Double problème donc. Vérifier l’alimentation gas oil, démonter le pré filtre, souffler, aspirer dans les tuyaux.             Réamorçage impossible de l’eau de mer et conjointement du gas oil.  Dix fois faire, défaire, refaire. A 18 heures sauvés, le moteur redémarre.  Tout refonctionne et  un vent de travers Ouest se lève nous emportant à près de cinq nœuds, le miracle est total. Ce fut 2 pannes, très simples mais combien difficile à établir et à trouver ces relations de non fonctionnement. Quel temps passé.... 

Prise d’air dans le bol de décantation de l’eau de mer - Prise d’air sur le circuit de gas oil.

 L’avantage de cette mer plate et du vent inexistant fait que nous sommes à plat sur l’eau.

Marie-Ange n’est pas malade et peut travailler à l’ordinateur en se mettant dans le cockpit..

Le portable sur les genoux, elle a pu ainsi consacrer des heures, à reprendre notre site, remettre des photos, intégrer la suite des pages du livre de bord.

Prenant de l'avance  pour le moment où nous serons à terre et trouverons un cyber café. Des heures et des heures passées absorbées. Et ainsi passe notre temps.

 

LUNDI 14 MARS 2005

Arrivée hasardeuse à MANTA (Equateur) 5éme journée. : TREMBLEMENT DE TERRE

 Journée semblable aux autres. Complément de gas oil de bidons à tank. Vent Sud Ouest, 5 noeuds, l’après midi nous permettant d’établir grand voile et génois. 5ème jour de navigation et 120 H de moteur, reposés sans l'être vraiment car nous n’avons pas vraiment dormi profondément. Peu importe, à 22 ou 23 heures nous serons bien tranquilles et à l’abri dans un mouillage du club de MANTA...

 La ville, au loin, illuminée, s’allonge le long de la côte au fur et à mesure de notre approche. Que les derniers 10 milles semblent longs. Il fait nuit.

 Le feu rouge signalant la tour de la digue, doit se voir à 15 milles, mais indécelable parmi le flot de lumières, de publicités et autres éclairages.Notre repère par le G.P.S. et la carte sur l’écran de l’ordinateur nous guident.

La digue d’entrée sort du noir, nous l’avons bien sur notre droite. En première ligne sur la rade, de gros bateaux senneurs, mâts de charge en l’air soutenant l’extrémité de leur filet, effet de voiles dans la lumière aveuglante de leurs projecteurs. En avançant nous découvrons une forte densité de bateaux de pêche, qui changent de taille, plus nous nous avançons, en essayant de suivre notre plan.

Et nous voici perdus dans un enchevêtrement incroyable de barcasses, de cordages inquiétants, d'objets flottants pas du tout identifiés dans la pénombre.  Il y en a partout.

Nuit noire, mais éclairage tamisé des digues, nous nous faufilons parmi des silhouettes inquiétantes de bateaux pourrissants, non entretenus et démodés, des paquets de bateaux grinçants, tirant sur des cordages douteux. Certains à moitié envahis par l’eau s’inclinent sur leurs flancs.

 La carte nous signale deux épaves, en réalité il y en a des dizaines aussi menaçantes, à demi coulées que l’on ne décèle qu'en arrivant sur elles.

Sur l’avant je fouille la nuit des yeux, essayant de guider Marie-Ange qui est à la barre. A tribord toute, à bâbord, tout droit. A tour d’hélice nous avançons, nous nous enfermons dans un labyrinthe de coques terrifiantes. Les marins qui passent en barque, hélés par nous, signalent que le Yacht Club est bien devant, là pas loin, croyons nous comprendre.

 Las de batailler, nous mettons l’ancre dans un espace qui nous paraît possible pour notre évitage avec un maigre bout de chaîne. Enfin silence moteur coupé, sécurité, la récompense est là. Il est 23 heures nous allons pouvoir nous reposer, dormir, dormir profondément. Et une nuit de galère commence........................

Sous l’effet d’une houle  particulière étrange ce soir, tous les bateaux subissent un puissant mouvement de va et vient  tourbillonnant. Nous apprendrons le lendemain que cet effet de houle est dûe à un tremblement de terre, très fréquent dans cette zone.

La houle nous fait pivoter autour de notre chaîne, nous poussant vers les plus proches voisins. Nous nous trouvons tantôt en parallèle avec eux, sous leur poupe, ou menacés par leur proue qui se dresse bien au-dessus de nous et domine notre pont, menaçant notre étai et nos haubans.

Echappant à l’un nous sommes envoyés sur l’autre.  Le plus gros, dont le nom est peint au dessus de la cabine de commandement « RAMON ENRIQUE » sera notre cauchemar toute la nuit.  Sur lequel nous nous acharnerons maintes et maintes fois, la nuit durant, à repousser notre coque de son architecture massive et épaisse.

 Le plus dangereux est un bras de charge. Il se dresse à l’extérieur et sur son côté droit supportant en hauteur une grosse poulie hydraulique. Elle balance un peu à droite et à gauche, pouvant à tout moment avec facilité nous sectionner nos câbles et faire tomber notre mât.

 Notre chance est que du même côté, deux barques amarrées côte à côte, serviront de pare-battage, que nous viendrons écraser régulièrement dans un bruit inquiétant.

 Mais, elles nous tiennent écartées de deux mètres du danger. Cela nous permet de nous repousser un peu plus et d'éviter à 20 centimètres prés, d’être fauchés par cette potence ballotante.

Suivant le côté de nos abordages, le moins dangereux est de venir s’écraser contre la masse de l’énorme filet débordant sur son arrière et ses côtés équipé d’une foule de flotteurs en polystyrène qui crissent sous nos efforts pour nous éloigner.  Nous sommes coincés entre les arrières des deux chalutiers proches. Il faut ajouter à cela l’odeur forte et permanente de l’eau croupie dans laquelle flottent des poissons pourris, des emballages et des plaques d’huile. Cela nous soulève le cœur et nous sommes si fatigués. 

 L'urgence est de se déplacer, de chercher dans ce cloaque un meilleur espace. Mais, il est impossible de relever notre ancre. A la suite de plusieurs efforts renouvelés, forçant le guindeau manuel à la limite de casser, nous réussissons tout de même à faire apparaître les pointes de l'ancre. Nous avons crocheté la chaîne du gros « Ramon Enrique » et sommes cloués là.

 Plusieurs tentatives avec le moteur en avant, en arrière, de côté, n’ont rien données, qu’à ajouter à notre épuisement.Pénible et folle nuit à peiner et à veiller, étendus dans le cockpit, à bondir, toutes les 5 minutes, dès le moindre rapprochement des bateaux, pour sauver notre coquille.

 Au petit jour, nouveaux essais pour arracher notre ancre et soulever la chaîne de l’autre pour nous dégager, nos efforts maximum ne produisent aucun effet. Je hèle un homme qui passe en barque à proximité, avec son aide et celui d’un cordage nous arrivons à nous libérer enfin.

  A ce moment nous nous apercevons, avec angoisse, que nous n’avons pas remonté hier soir notre ligne à la traîne, celle ci lors de nos manœuvres s’est prise dans notre hélice!!!

Par chance nous avons pu nous dégager, et faire cent mètres avant d’avoir notre hélice bloquée sans plus pouvoir manœuvrer. Nous sommes parmi une centaine de barques de pêche à moteur, amarrées les une aux autres par de curieux cordages flottants qui partent dans toutes les directions.

Ancre à l’eau une fois de plus en catastrophe, je plonge avec masque et tuba dans une houle gênante et une eau complètement trouble. Le nez sur l’hélice que je trouve à tâtons, muni d’un cutter j’enlève les bouts de notre ligne.

Du bout des doigts je sens que notre anode est en retrait sur ses vis, un peu desserrée en somme, ce qui provoque le bruit infernal à travers la coque.  Avec l’aide d’un tournevis je réussis à la remettre en place, dégageant ainsi l’hélice qui retrouve sa mobilité. Nous nous éloignons enfin du troupeau de barcasses pour remouiller un peu à l’écart.

Impossible d’aller à terre, il serait dangereux de laisser Sail Rover seul, trop de houle et trop de petites mains baladeuses. Nous restons donc à bord, à nous reposer et à observer le ballet incessant des pêcheurs et des pélicans.

 La ville est sous nos yeux, si proche. Le Yacht Club tant attendu est déroutant. Un haut restaurant bleu, dont on voit de loin les gros hublots. Quatre bouées sur lesquelles sont amarrés deux petits voiliers locaux et deux canots à moteur. pas de moorings et l'espace réservé au mouillage est envahie par les pêcheurs. Pas de voyageurs, nous sommes le seul voilier en transit.

C'est tout de même une bonne escale de repos, d'approvisionnement, eau et Gasoil en bidons, Internet pas loin et les gens sont si serviables et gentils.

MOUILLAGE MANTA  LAT.  00° 56 427 S.  LONG. 080° 43 034 W

MANTA ves SALINAS 90 milles : JEUDI 17 MARS 2005

Départ vers huit heures. Décidemment c’est une heure qui nous est coutumière. Nous quittons l’activité trépidante des petits pêcheurs de MANTA.

 Et sommes surpris de voir que, la presque indifférence d’hier, de ceux qui nous frôlaient journellement et répondaient avec timidité à nos saluts, sont devenus chaleureux, et nous souhaitent bon voyage.

La sortie du port se fait à la limite de l’enchevêtrement des bateaux, passant entre les plus gros et non loin du quai des senneurs, où est amarré le gros paquebot arrivé hier.

Nous suivons la côte qu’il faut d’abord contourner sur 15 milles pour prendre notre cap plein sud. Cap 181°.Voiles au près, sans moteur nous avançons à 1,2 nœud ou 1,6. Vent SUD-SUD-OUEST : 10 nœuds à peine, courant contre de Humboldt variable de 0.5 à 1.5 nds.

            L’illusion d’avoir un bon vent durant la journée sera toujours trompeuse ; moteur coupé nous n’avançons plus. La mer reste plate, un peu ridée, tous ces jours ci et dans cette zone, c’est vraiment une mer pacifique.

 Le temps est beau mais on a l’impression la nuit comme le jour qu’un voile constant est déroulé entre le ciel et nous. Une envie de prendre des photos qui, à chaque fois, semblent manquer d’éclairage ou de netteté. Nous suivons avec plaisir la côte rectiligne et escarpée avec quelques dentelles de petites découpes d’amorces de baies et de caps.

Celui de SAN LORENZO surmonté d’un phare se termine par des tranches de roches et une aiguille qui se dressent dans l’eau en le prolongeant. Une voile à l’horizon, illusion pendant quelques heures d’un autre voilier de voyage.

En fait c’est une  pirogue courte, instable, que j’imagine dangereuse sur une rivière ; montée par deux hommes, voile principale triangulaire établie presque latéralement, plus un petit bout de foc quasi inexistant.

 Et cela marche vite, nous rappelant les JANGADAS du Brésil. Un des hommes brandit à notre intention, un beau poisson.

 En général, que ce soit, au moteur ou à la voile, les pêcheurs se rapprochent de nous afin de nous proposer le fruit de leur pêche. Souvent ils nous gênent, car nous corrigeons notre route, afin de nous sortir de la ligne de collision.

 La nuit est tombée, un bon morceau de lune est là, donnant tout de même une clarté mais tellement voilée dans ce ciel. 20 milles avant SALINAS c’est une intense flotte de chalutiers qui sillonnent autour de nous.

 Tantôt très éclairés avec un feu rouge, pas de feu vert, dominant leur superstructure, qui reste souvent la seule lumière, bien visible, et que l’on voit se déplacer sur l’eau à bonne allure n’hésitant pas à nous couper notre route, manœuvres souvent angoissantes pour nous car incompréhensives.

Nous les observons avec attention et profitons de quelques instants pour nous reposer et fermer les yeux, allongés dans le cockpit.

 Tiré de mes pensées brutalement par un aveuglant coup de projecteur qui me paraît être très proche, je bondis sur mes pieds, désactive le pilote électrique de la barre pour la prendre en main, scrutant en même temps devant nous. J’aperçois, nous barrant notre route, une masse noire à nous toucher d’un gros chalutier non éclairé, pas une seule lueur, absolument rien.

 Un coup brutal pour virer en catastrophe à tribord et échapper à la collision. Tout en poussant un cri rageur qui réveille Marie-Ange. Les ayant évités sans avoir au passage une excuse, un mot, ni plus d’éclairage, ils sont partis au moteur tous feux éteints. Pourquoi ?

22h La ville de SALINAS est devant nous, bien éclairée.

Les lumières des phares fonctionnent à merveille, on distingue très bien le phare du Club de Salinas à 15 milles, c’est le plus bas sur l’eau.

Nous traversons des flottilles de pêcheurs remontant leur filet à leur bord, nous éblouissant au passage de leur projecteur par curiosité, ou se précipitant avec des barques rapides comme équipées d’un lamparo juste pour nous voir, et nous, croyant chaque fois que c’était pour nous prévenir de nous écarter.

2 heures du matin nous arrivons exactement à l’endroit choisi. Devant l’entrée d’une Marina le Yacht club de SALINAS, nous mouillons parmi d’autres voiliers locaux. Un peu de rangement et filons à nos couchettes.

MOUILLAGE DEVANT  LE YACHT CLUB DE SALINAS : LAT.02° 12’ 008 S. LONG. 080°58’ 227  W.

VENDREDI 18 MARS 2005 : SALINAS (Equateur)

Dans la matinée avec notre annexe, laissant SAIL ROVER au mouillage nous allons au yacht club de Salinas juste près de nous.

 Grand club, super luxe, employés en uniforme, très moderne. Restaurant, école de voile, piscine, bâtiments importants, entretien au cordeau.

 Pas de place pour les étrangers, c’est le club de la gentry équatorienne, on reste entre soi. C’est heureux finalement car le prix doit être exorbitant par jour ; on ne répond pas à notre interrogation, on ne discute pas le prix ici.

Le secrétariat nous conseille d’aller à PUERTO LUCIA à 3 milles d’ici, une autre marina, qui accepte les étrangers. Nous préférons prendre un taxi avant de déplacer le bateau.

L’endroit est plus excentré, club très fermé, grille électronique à l’entrée, copie du passeport, nom, téléphone au bureau avant de nous ouvrir. Nous aboutissons au bureau des pontons chez WALTER.

 Ahurissement et joie en passant près des voiliers mis au sec de voir « CLOUD SEVEN » hors de l’eau ici.  Amis américains rencontrés en Afrique du Sud. Christa et Richard, qui nous avaient tellement aidé, en particulier à DURBAN pour refaire notre moteur VOLVO.

 A l’intérieur de la Marina, bien à l’abri, sans ponton pour nous, amarré entre quatre bouées, le prix nous paraît exorbitant pour ce pays. L’eau et l’électricité en plus par jour, taxes comprises 22,5 $.

 Peut-être pouvons nous rester au mouillage devant, qui lui est gratuit, mais c’est interdit (raison de sécurité paraît il), alors pas de choix.  Mais nous ne pouvons accoster dans la Marina que formalités d’entrée faites : Douane, Capitainerie, Immigration.

 Il faut donc se mettre à l’ancre à l’extérieur et attendre la visite de la douane et d’un représentant de la capitainerie, transférés depuis le yacht club qui nous facturera, le soir même, 15 dollars le service. Inspection faite par un gradé en uniforme blanc impeccable accompagné d’un douanier de LIBERTAD. Questions, réponses, papiers, signature.

Rendez vous le lendemain Samedi à la capitainerie de SALINAS avec tous les papiers  .  

-Oui nous avons deux extincteurs.

-Oui nous avons des gilets de sauvetage

-Non nous n’avons jamais eu de problèmes depuis 25 ans

TAXE DE LA DOUANE : 40 dollars – Inspection à bord 10 dollars 

 

MARINA PUERTO LUCIA (Equateur) :  LAT 2°12'920 Sud-LONG 080°55'160 Ouest

FRAIS DE LA MARINA PUERTA LUCIA

 

- Taxe comprise 22,5 $. /Jour

- En plus EAU      3 $ le m3

- Electricité…..

- Gas Oil : 1,65 $ le galon de 4 litres.

 - D’office on vous compte 40 pieds

- Et on vous impose 1 semaine : 135$

 

LUNDI 21 Mars 2005

Direction la capitainerie de SALINAS espérant en terminer avec nos papiers. A l’intérieur des bureaux nous avons toujours l’impression que personne n’est compétent, on doit attendre. Finalement il est convenu que tout est clair entre nous. Bus dans l’autre sens pour retourner à LIBERTAD, rendre visite au bureau de l’immigration. Aucun problème : Bonjour, cachet, au revoir. Cherchons à pied la douane.

 Deux hommes en uniforme tripotent nos papiers, téléphonent à la capitainerie, réfléchissent… beaucoup. Finalement une dame en civil tape à la machine quatre feuillets. Il faut courir à la banque de GUAYAQUIL, faire trois quart d’heure de queue pour payer 40 dollars, avoir un cachet et revenir à la Douane l’exhiber.

 WALTER du bureau de la Marina PUERTO LUCIA se manifeste : la Capitainerie de SALINAS, par téléphone, réclame à nouveau notre présence immédiate, alors que nous en venons, Marie-Ange répond par un niet catégorique, pas cet après midi, ni demain car nous à allons à GUAYAQUIL, mais jeudi matin.

MERCREDI 23 mars 2005

Par bus nous partons à GUAYAQUIL, visiter et surtout chercher une turbine pour la pompe à eau de mer du moteur. Deux heures trente de voyage pour 5$ par personne.

Terres plates, presque desséchées, à perte de vue mais qui semblent être préparées pour être rendues irrigables par la pose de collecteurs d’eau.

A mi chemin, la terre est plus mouillée, plus verte, la végétation abondante. La route bien goudronnée, nombreux travaux, doublement des deux voies actuelles, ponts neufs, travaux d’art, rouleaux compresseurs, camions.

 Dans GUAYAQUIL même chose : grands travaux de trottoirs, pistes de stationnement pour les voitures. La ville est très étendue, quartiers cubiques, rues à angles droits, beaucoup de petits immeubles peu élevés.

Le long de l’estuaire, beaux aménagements modernes d’anciens, quais transformés en promenades commerciales.

 Le fleuve charrie des eaux boueuses, des touffes d’herbes et de plantes en abondance arrachées aux berges. Le courant est fort à marée descendante, et aussi fort à marée montante contrairement à ce que disent les instructions nautiques.

Après maints va et vient dans les rues surchauffées, nous trouverons notre trésor : la turbine correspondant à notre moteur mais pas tellement à notre prix initial, celui-ci sera de 88$ ! Pas le choix, on prend. Retour bruyant à Salinas, dans un bus bondé, sono à fond.

 

JEUDI 23 mars 2005

Encore une fois nous prenons le chemin de la capitainerie. Un nouveau est là qui parle anglais, nous pouvons mieux nous expliquer. C’est lui le responsable, il était en vacances, en son absence personne ne sait ce qu’il faut faire.

 Résultat : tous les papiers d’entrée et de sortie sont à faire,  3/4 d’heure d’attente et paiement pour l’entrée et la sortie du bateau :   39,81$ (dont 9,81 $ pour les phares et balises, paiement valable pour une année)

            Nous posons la question suivante :

 Et si nous nous arrêtons à GUAYAQUIL et PUERTO BOLIVAR toujours en République de l’Equateur ?  Même chose, même frais, à chaque fois, 39$ ; complètement démentiels ces règlements et hors de prix. En sortant, à nouveau le bus qui est ici vraiment pratique et facile à utiliser, 25 cents le voyage. Retour à l’immigration pour les cachets de sortie : sans problème, sans paiement et avec un grand sourire.

Pas besoin de retourner à la douane, pour la sortie.

Nous avons payé pour les formalités dans ce pays :

-         Douane :              40$

-         Capitainerie entrée :  15$

-         Capitainerie sortie :   15$

-         Phares et balises :    10$

-         Inspection à bord :    10$

 

DEPART POUR LE PEROU

PAITA:180 milles : ALERTE : FILET!

 Avant de quitter la Marina de PUERTO LUCIA nous faisons le plein d’eau potable et de gas oil. Adieu à « CLOUD SEVEN ». A une autre fois Christa et Richard.

 Il est 15 Heures, nous partons pour 180 milles en direction du Pérou jusqu’au port de PAITA.  La mer est désagréable, très houleuse, hachée, vent plein Sud, 10 à 15 noeuds donc de face, moteur et grand voile. On se traîne, on n’avance pas, courant contre, on tape dans la houle.

Cette navigation est une telle fatigue et nous faisons si peu de vitesse que nous essayons de marcher en zig zag afin d’être plus à l’aise et pouvoir ainsi dérouler le génois. Mais le vent tombe avec la nuit, et la houle aussi.

            La nuit est belle, la pleine lune illumine notre décor. Peu de lumières, peu de bateaux. Juste un pêcheur assez loin sur notre bâbord dont les projecteurs dans les mouvement de la houle nous font comme des flashs qui finissent par nous intriguer.

 Nous nous déroutons sur tribord ; lorsque Marie-Ange pousse un cri « FILET », nous venons de nous engager dessus à six mètres de son extrémité signalé par une simple caisse de polystyrène sans lumière. La chose est un long filet flottant et dérivant, dont la lisière haute, flotte à la surface de l’eau, supportée par de petits flotteurs hétéroclites espacés de 10 cm en 10 cm, invisibles à dix mètres, descendant à quatre mètres sous la surface.

 Trop tard nous sommes pris, l’hélice vient d’être coiffée, le moteur étouffé a stoppé, par force.   Le voilier vire, retenu par le filet et la houle infernale prend d’assaut l’arrière du bateau et monte jusque dans le cockpit. Il est 21 heures.  Nos signaux lumineux conduisent les pêcheurs jusqu’à nous. Ils n’ont aucune autre solution que de couper.

DEMI-TOUR vers SALINAS

L'hélice reste prisonnière et nous sommes condamnés à naviguer avec nos voiles mais sans vent.  Donc demi- tour vers SALINAS, nous avions fait 25 milles. Nous pensions que le retour serait rapide, mais le vent est tombé, génois et grand voile en ciseaux. Nous faisons 1,6 nœud, avec le courant et l’angoisse d’être poussés à la côte sans pouvoir l’éviter.  Il est 5 heures.

Finalement, après des multitudes de bords épuisants à cause du vent faible et changeant, qui en une matinée fit le tour du compas, nous mettons l’ancre à 13 heures en bordure de plage juste à l’entrée de la Marina de SALINAS où nous avions abouti une semaine auparavant.

 Il nous a fallu 16 heures pour refaire les 25 milles. Je plonge. Le filet ondule comme un voilage gracieux, sous la coque du bateau.

Gêné par une houle venant en tous sens, provoquée par les jets skis et les bateaux à moteur qui par curiosité, nous rasent , je coupe au cutter les restes du filet.

 Cela ne donnent rien de rapide, il faut remonter, respirer, replonger, trop de temps perdu. Nous ne possédons pas de bouteille de plongée, je cesse.

 Ironie du sort : de la masse du filet que nous traînons encore accroché à notre hélice, nous retirons un poisson grand comme une main, pris dans les mailles et que nous dégustons à notre déjeuner. Ecrasés de sommeil nous allons dormir.

 DIMANCHE  27Mars 2005

SALINAS AU MOUILLAGE

 La nuit a été agréable, reposante pour moi. Par contre Marie-Ange est mal en point, fiévreuse, malade, couchée avec des crises de transpiration suivies de sensation de froid.

Au petit matin, elle va mieux, renaît à la vie en se traînant. Je me prépare pour retourner sous la coque. Je suis décidé à démonter l’hélice.  C’est la solution qui nous fera perdre le moins de temps. J’arrive de cette façon à tout débloquer, à retirer le dernier paquet bien serré et enroulé autour de l’arbre, nous sommes enfin libérés.Quel bon exercice pour la cage thoracique et pour les poumons.

Juste à ce moment, la capitainerie de SALINAS nous aborde pour nous demander très courtoisement :  Pourquoi ce retour ?      Quand le nouveau départ ?             Nous lèverons l’ancre à 15 heures cet après midi.

LUNDI DE PAQUES 28 MARS 2005

vers PAITA AU PEROU 

 Le jour se lève progressivement après avoir eu une belle nuit de pleine lune dont la lumière était, tout de même, bien voilée par une coiffe de nuages, comme à l’habitude dans cette région.  Après une heure de voile pure. Ce sera d’ailleurs la seule heure de voile depuis notre départ de Panama (600 milles).

 Le vent Sud Ouest au départ a tourné plein sud 10 noeuds, alors que notre cap est 189°. Rien à faire d’autre que de redémarrer le moteur à nouveau.  Drôle de navigation pour descendre le long de l’Amérique du Sud.

Pour le moment le vent qui est face est toujours beaucoup trop faible pour pouvoir nous aider.  Notre navigation est épuisante, par peur de rencontrer encore des filets, arrivés à l’endroit où nous avions eu notre mauvaise rencontre, nous ne vivons plus.

La nuit sans cesse en éveil, à guetter la moindre lumière sur l’eau, nous signalant un pêcheur.  Nous nous détournerons systématiquement, à chaque fois, de 20° et quelques fois plus. A l’avant j’essaye de deviner des flotteurs que je ne peux voir qu’au dernier moment. Une houle régulière de face, freine notre élan, mais les 40 chevaux travaillent régulièrement, 4,2 nœuds de moyenne, difficilement, à 2000 T/Mn, curieux, nous devrions pouvoir aller plus vite, l’hélice peut être…...

DEMI-TOUR vers SALINAS (2 ème fois)

10 Heures, nous sommes à la hauteur des côtes du Pérou. La mer s’est levée un peu plus. Des crêtes se forment et blanchissent. Une houle plus profonde de face, nous freine à chaque rencontre. Le vent se renforce, notre vitesse tombe et devient négligeable.  Il faut se rendre à l’évidence, plus nous descendrons sud, plus le vent contre forcit.

 Paîta vers où nous nous dirigeons est encore à 70 milles. Ce n’est qu’un port, un abri sans doute mais pas un endroit, où laisser le bateau seul, pour visiter l’intérieur du pays, il faudra donc aller plus loin, plus bas, avec toujours plus de difficultés pour avancer.

 Sail Rover, dériveur intégral n’est malheureusement pas un bateau spécialiste du près.

Marie-Ange accuse une grande fatigue et un mal de mer persistant, manque de sommeil peut être, mais surtout une forme de grippe attrapée à terre avant de partir. Elle a de la fièvre, elle n’est plus motivée, en plus elle a un problème d’inflammation des gencives.

 Le moindre bruit la gêne, le bourdonnement incessant du moteur devient infernal pour elle, peur qu’il se fatigue et s’arrête, peur de la suite dans des conditions encore plus pénibles.

 A quoi bon insister, il y a tellement de milles à subir,vent et houle de face, avant d’arriver à LIMA  (plus de 600 milles) .  Nous décidons le retour à la Marina de PUERTO LUCIA, où nous laisserons le bateau et visiterons, par terre, le Pérou et le Chili.

Demi tour effectué fait nous nous trouvons vent arrière, voiles en ciseaux.  Calme et stabilité immédiatement retrouvés, tout va déjà mieux………..Nous avions fait 118 milles.

MARDI 30 MARS 2005

retour à SALINAS  ……

La nuit a été un rêve, moteur coupé, vent arrière, silence, jusqu’à minuit. Plus de vent. La mer, avec notre remontée nord s’apaise progressivement. Au petit matin nous sommes sur un lac.

Juste un pêcheur loin sur notre bâbord dont on observe les mouvements avec méfiance. Je ne vois presque plus sa coque, il y a pourtant un filet dérivant devant nous. Cette fois-ci les flotteurs blancs et espacés régulièrement, nous le signalent.

 Nous nous déroutons, le longeons, allons de bouée en bouée, un nombre infini. A petite vitesse au moteur, nous allons ainsi durant ¾ d’heure. La grosse barque n’est plus visible pour moi, son filet est toujours là. N’en pouvant plus nous décidons de traverser entre deux bouées, toutes dérives relevées et sous voiles, moteur stoppé, avançant à 1 nœud, respiration retenue.

 Une baleine sonde non loin de nous, peu après une tortue apparaît en surface. Nous sommes passés. Le vent qui nous freinait hier, ne nous aide pas aujourd’hui, moteur toujours et toujours, et encore.

Tout est terminé, plus de descente avec le bateau le long de la côte du Pérou et le capitaine avait rêvé la côte du Chili. Nous allons changer de programme. Visiter ces beaux pays avec les si confortables bus Cama, que nous avons maintes fois utiliser au Brésil, en Colombie et en Argentine.

Ensuite nous tournerons l’étrave de SAILROVER vers l’autoroute habituelle : les Galapagos, les Iles Marquises et Tahiti, où nous espérons des vents plus favorables. L’accueil à la Marina PUERTO LUCIA est chaleureux.

Et pas de frais supplémentaires pour la Capitainerie et douane….

Vers les Galapagos

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