GAMBIER   

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 VUES DES GAMBIER   (cliquer gauche sur chaque photo)

- Traversée du PACIFIQUE (livre de bord) 

- Atterrissage au GAMBIER                                                                    

    . ILE de MANGAREVA

    . ILE De AKARAMU

    . ILE de TARAVAI 

(cliquer gauche sur les titres)          

 TRAVERSEE DU PACIFIQUE (mai 2005)

Des GALAPAGOS au GAMBIER : 2888 MILLES -

RECUEILLEMENT et MEDITATION

Parcourir 3000 milles sans trouver autre chose que la mer, nous donne un peu le vertige. En distance terrestre cela veut dire 5568 kilomètres, et à la voile trois semaines à un mois.

            Vivre de ses réserves et de ses espérances. On fixe une date de départ, on la recule avec plaisir sous le premier prétexte. (Le pain boulanger qui ne sera cuit qu’en fin d’après midi. Les œufs qui arrivent par petit cargo, le matin du départ fixé).

            Finalement on se lance. Les sirènes des bateaux amis nous saluent, nous répétons avec eux les heures d’écoute et les fréquences radio choisies.

            La terre se perd peu à peu sous l’horizon. Le réglage des voiles, l’allure, la vitesse, le cap, nous occupent et ensuite le néant. Des milliers de kilomètres devant, des kilomètres d’eau sous la coque avec un vent aux humeurs changeantes.

            Un peu d’angoisse, car l’inconnu est inquiétant. Il faut changer de critères, ne plus se repérer à ceux terrestres. Prendre conscience que sur la mer tout est autre. La mesure du vent, l’état du ciel, la mer, la notion du temps est différente et les dangers aussi. Personne pour tendre une main secourable en cas de besoin. Nous sommes seuls et si vulnérables…Mais nous avons confiance dans la solidité de notre bateau et la force de notre volonté.

            De jour en jour on se réhabitue aux nouveaux bruits, aux mouvements, à la solitude, à la nuit noire dans laquelle nous nous enfonçons chaque soir. La mer, rien que la mer tout autour de nous.

            Et si ; Oui si l’un de nous d’eux tombait à l’eau. Le bateau sous voiles, lancé à pleine vitesse dans une mer forcément mauvaise. La surface de l’eau est toute en creux, en ombres, en ondulations. Chercher une tête en plein jour, au milieu de cette masse liquide, c’est essayer de trouver un grain de blé dans un champ fraîchement labouré. Il faut descendre les voiles, faire demi-tour, mettre le moteur en marche. Pendant ce temps, la distance se creuse. La nuit cela est pire, la manoeuvre plus lente, c’est une épreuve laborieuse pour un vague espoir.

            Nous n’avons pas ces vestes de quart sophistiquées avec col gonflable, gilet de survie incorporé ou autre astuce qui se veut faire vendre et sont insupportables par temps tropical, alors nous portons autour du cou, suspendu à un lien, un bâton lumineux (tube en plastique de couleur blanche ou autre, prêt à émettre une lumière durant 8 heures une fois plié et secoué). Il nous semble que ce soit un moyen efficace pour être repéré, la nuit.

Mais cessons de nous plaindre ou d’avoir de mauvaises pensées. Ne sommes nous pas enviés. Nous sommes au bord de la mer, les pieds dans l’eau, farniente, vue imprenable.

levé de soleil dans le Pacifique

JEUDI 19 MAI 2005

GALAPAGOS vers l’archipel des GAMBIER-2888 Milles.

LE DEPART

Météo favorable pour les jours à venir : c’est à dire vent Sud Sud-Est. Nous partons .Le voilier BALANCELLE de Yves et Dominique prend la même route. 9H30- Ancre levée. Zig zag entre les bateaux pour saluer et être salués. Alain et Evelyne sur IAORANA devraient suivre dans deux jours. Maximo plus tard.

  Le vent est très faible dès la sortie. Vitesse inférieure à 3 nœuds, cela nous permet d’admirer plusieurs raies géantes qui planent en surface. Un thon énorme bondit au-dessus de l’eau. Une multitude d’hirondelles de mer volètent derrière nous et vont nous accompagner de nombreuses heures ; elles sautillent sur l’eau y laissant traîner les pattes en glanant leur nourriture. De gros dauphins sillonnent autour de nous. Quel spectacle!

            Il faut attendre plus de 10 heures pour toucher enfin un vent correct et pouvoir laisser le régulateur d’allure barrer. Une accélération sous un groupe de nuages noirs. Pluie et vent. Deux ris dans la grande voile, diminuer le génois. Nous filons plus de huit nœuds.

VENDREDI 20 MAI 2005 vers les GAMBIER

LATITUDE 01° 46’ 076 W LONGITUDE 092° 05’ 810 W

ALERTE FILETS

 Point à retenir : Celui observé à 3 heures du matin, nuit obscure pas de lune. Nous filons 7,4 nœuds et subitement la vitesse tombe à 3,2 nds. Nous nous redressons sur nos coudes, depuis les banquettes du cockpit sur lesquelles nous sommeillons. MARIE-ANGE aperçoit trois feux clignotants au ras de l’eau loin sur bâbord, à tribord et derrière nous. De chaque côté de la coque, nous traînons une immense ligne phosphorescente.  

Zut et zut. Un filet à cet endroit. A 80 milles des côtes ! Aucun bateau alentour, le noir total, le navire usine doit être ailleurs occupé à en poser d’autres.

            Nous sommes pris, bientôt immobilisés. Vent arrière et clapot aspergeant le cockpit. Je me précipite sur la manivelle pour actionner la pompe hydraulique qui commande les dérives avant et arrière. Les deux relevées, la situation est toujours la même et tout d’un coup, tout lâche, le filet s’éloigne, nous repartons, reprenant notre vitesse. Vraiment une chance de s’en sortir aussi facilement au bout d’une demi-heure et sans mal. Nous communiquerons, par radio, la position à IAORANA qui malgré tout, se fera prendre aussi. Alain a dû plonger de nuit sous ses coques pour couper et se dégager ; nous apprendrons plus tard que le Catamaran de Jean et Sylvana a connu au même endroit la même aventure ainsi qu’un quatrième bateau retrouvé aux GAMBIER.

            Par radio, de la flottille des Français qui voguent vers les MARQUISES nous apprenons que le couple canadien du bateau COYOTTE a subi des avaries. Un très gros dauphin, chose extraordinaire et rare, est venu heurter leur hélice alors que le moteur fonctionnait.

 Cassant leur safran et sous le choc l’hélice a été tordue. Ils ont vu partir le dauphin blessé, il saignait. L’atterrissage sur les Marquises sera difficile pour eux sans propulsion mécanique et privée de gouvernail.

14 heures. Enfin un poisson au bout de l’une de nos lignes.

Une dorade bonne pour 4 repas, bienvenue à bord.

 Frit sur un lit d’oignons avec une sauce tomate : un régal.

 

 

LUNDI 23 MAI 2005 vers GAMBIER

vent Sud-sud-est 15-18 noeuds    

1ère AVARIE : grand-voile décousue sur 4  m

Le lever du jour est nuageux, couvert, pluie tout autour de nous. Le vent est perturbé, un peu plus fort sous les nuages, notre vitesse est supérieure à 6 nœuds. La mer est hachée. Tout à coup grand bruit de déchirure. La grande voile se découd d’un bout à l’autre d’un lé, juste au-dessus de la bôme sur une longueur égale à 4,20 mètres. Le temps de la descendre, l’ouverture s’accentue et ajoute une déchirure verticale sur 30cm vers le point d’écoute.

 Branle bas et manœuvre sur le pont pour prendre les deux ris restants. Enrouler le génois pour le refaire passer à tribord, retangonner pour le remettre vent arrière. Pour finir j’enlève le BOOSTER qui était prêt à être envoyé sur le deuxième étai. Moment d’angoisse, l’enrouleur coince au tambour.  

            L’enroulement à la hâte du génois poche la voile et celle ci se prend malencontreusement dans le deuxième étai, devenant de plus en plus dur, nous stoppons la manœuvre avant la rupture fatale. Près de 2 H  pour remettre tout en ordre, repartir au bon cap, régler à nouveau le régulateur.

            Tout est bien, nous sommes contraints de naviguer plus lentement étant, par force sous voilure réduite. Nous avons parcouru 500 milles, il en reste 2500. Juste quelques jours de plus que ceux prévus, sans doute.

La mer se forme, le ciel s’assombrit, des rouleaux noirs s’allongent dans le ciel nous menaçant de vent et de pluie. Ce n’est qu’un crachin épais qui finit par bien mouiller.

            Peu avant le dîner, la pince à linge saute, la ligne de pêche se tend.  Un beau barracuda, zébré comme un maquereau. Deux repas pour nous deux que je prépare sous la dictée de Marie-Ange : Lit d’oignons et crème fraîche. C’était bon.

            La mer est grosse, encore plus que dans la journée et toute la nuit elle nous malmènera, nous faisant rebondir à droite, à gauche, en l’air.

            MARDI 24 MAI 2005 vers GAMBIER

vent Sud-sud-est 15-18 noeuds

Au réveil le ciel est gris et couvert.

 Peu à peu le soleil ouvre des brèches et fait son trou, alimentant les panneaux solaires.

 L’après midi se couvre à nouveau.

 Gros cumulus noirs qui n’en finissent pas de passer. Nous sommes secoués, ballottés, barattés, mais on avance, bonne vitesse 6 à 6,5 nœuds.

 

 

MERCREDI 25 MAI 2005 vers GAMBIER

dorade

Il est proche de midi. La grande question du jour. Que faire pour le déjeuner ? Quelle conserve ouvrir ? Poulet, Viande ? La Réponse est là ! La pince à linge vient de sauter. Nous remontons une dorade coryphène qui va faire notre bonheur. Morte assassinée par nous, pour l’aider une bonne rasade de rhum, elle est partie dans l’euphorie de l’alcoolisme.

            Toute la journée ; vent de travers, houle croisée qui nous malmène mais nous avançons. Dans la soirée, l’attache de la poulie bâbord du régulateur lâche, immédiatement réparée.

JEUDI 26 MAI 2005

 vers GAMBIER (reste 1975 milles) vent Sud-sud-est 15-18 noeuds

Au milieu de la matinée le vent passe arrière peu à peu, pas complètement mais permet de mettre les voiles en ciseaux. L’allure est plus confortable.

 Dans l’après midi il changera et reviendra par le travers.

La nuit passée a été une des plus désagréables depuis le départ. Inconfort total. Houles croisées qui brutalisent le bateau et l’équipage.

Une impression de torsion permanente de matériel malmené par les éléments.

Pas de poissons aujourd’hui, la ligne reste muette. Le vent arrière ce matin repasse de travers cet après midi. Manœuvres Décidons de changer notre heure, une en moins, moins 9 avec la France.

         SAMEDI 28 MAI 2005

vers GAMBIER   vent sud-est 15-18 nœuds

Nous avions imaginé un Alizé constant en puissance et direction. En réalité fort heureusement le vent est toujours là mais il oscille en permanence, sud au sud est, nous contraignant à un réglage perpétuel des voiles. Irrégulier en force, à-coups dus aux nuages, cela perturbe sans cesse notre régulateur d’allure.

Marie-Ange est toujours nauséeuse, mal de mer constant. L’amarinage est singulièrement long. Double houle croisée pénible. Celle dans le sens du vent, une autre venant du sud, de travers pour nous, nous poussant quelques fois avec violence et nous rejetant sur le côté comme un vulgaire poids plume. Le bateau retombe lourdement dans la vague, au milieu de gerbes d’eau qui s’effondrent sur le pont et la capote, cela s’infiltre jusque sur nos bancs, dans le cockpit.

            Ce matin comme les autres jours récolte sur le pont des poissons volants et encornets. Nous en mettons un en supplément sur notre leurre au bout de la ligne, nous verrons le résultat. En fait, rien, les poissons n’aiment pas les appâts morts.

LUNDI 30 MAI 2005

vent nul -1.200 milles des GAMBIER

Nuit très pénible. Le vent totalement tombé, le bateau roule d’un bord sur l’autre . Les voiles souffrent, l’ensemble du matériel est mis à rude épreuve. Pour tout gâter, il pleut : une pluie fine une sorte de crachin. Nous refaisons nos leurres avec des enveloppes de potage. Le côté brillant aluminium est très séduisant pour les poissons.

            Petit souci avec notre régime de bananes embarqué vert pour deux dollars, aux GALAPAGOS. Au bout de huit jours, elles virent au jaune clair, puis jaune foncé et mûrissent toutes ensemble à une vitesse inouïe. Il faudrait en manger 8 à 10 chacun tous les jours pour en venir à bout. Marie-Ange les pèle, les coupe en deux et les met à sécher sur un plateau au soleil. Gagnée de vitesse, elle en fait des compotes. Peut être arriverons nous à sauver nos 120 bananes restantes, hélas tout va fermenter, faute de soleil.

VENDREDI 3 JUIN 2005

 vers GAMBIER (1 000 milles) vent sud-est faible

Nuit désagréable. Le vent reste arrière mais sans force. Le bateau n’est plus appuyé par ses voiles, roule dans la houle croisée. L’équipage et le bateau souffrent ensemble.

            Dans la matinée, sous un nuage de pluie, deux heures durant on s’envole, plus de 7 nœuds. Pourvu que cela dure. C’est justement les derniers 1000 milles qui vont être entamés. Enfin le compteur du loch passe à trois chiffres 999 milles, il a fallu attendre quatre heures de temps pour absorber les 15 milles manquants.

            L’après midi le vent retombe, ciel bleu mais plus un souffle. On se traîne et s’exaspère. Reprise enfin.

Jusqu’à quand ? Lorsqu’il n’y a pas de manœuvre à faire, le temps s’écoule à lire et à faire des mots croisés, entrecoupe par la cuisine, la vaisselle, les manœuvres et les vacations radio à heures déterminées.

DIMANCHE 5 JUIN 2005

vers GAMBIER - 950 milles – vent Nord nord-est 5 nœud

2ème AVARIE : rupture toron bas hauban

Le vent est passé au Nord, Nord Est depuis hier soir. Le génois tangoné est passé à tribord et la grande voile est débordée à bâbord. Vent arrière ridiculement faible, si bien que le bateau n’est plus appuyé correctement par ses voiles. Nous roulons bord sur bord dans une houle infernale. Les voiles, mêmes réduites, claquent. Nous en souffrons tous.

             A l’aube, nous constatons qu’un toron du bas hauban tribord est coupé ; pour le moment remis en place et maintenu par du scotch ! Nous continuons en veillant au grain, si le vent monte il faudra réduire la toile pour ne pas solliciter à l’excès le mât.

            Lors de notre vacation radio de 18h30 avec Alain de IAORANA, il nous informe qu’ils ont subi le contre coup d’un front froid qui vient du Sud. Forte pluie, vent 25 à 30 nds.

            21 heures, la pluie commence pour nous, couverture nuageuse noire, accélération du vent. Trois ris dans la grande voile, génois réduit. Nous subissons toute la nuit la violence du vent et de la houle qui est face à nous. Le vent tourne au Nord N.O. Nous  passons au près bon plein. L’allure est désagréable, le bateau est entravé par les vagues.

LUNDI 6 JUIN 2005

vers GAMBIER -890 milles- vent Nord ouest 10 nœuds

Fuite de gas oil dans les fonds

Au petit matin, le ciel se dégage progressivement, les nuages noirs se dispersent lentement. Le vent est toujours N.O nous dansons sur la houle de travers et sommes freinés par celle qui fait face. Pour comble, il y a une fuite du réservoir de gas oil, 30 litres sont passés par la gouttière de communication sous les planchers. La réserve de conserves baigne, les œufs et les oignons nagent. Deux heures de travail pour éponger cette calamité. Plein les mains et les jambes ; cela dégouline partout : quel gâchis. Et quelle odeur !

            Peu après en inspectant le bas hauban tribord Marie-Ange s’aperçoit que d’autres torons, au ras du sertissage sont coupés, incompréhensible, ce hauban a été remplacé l’an passé.. Il est urgent de faire une jambe de force pour soulager le mât, et songer à renforcer le câble, tant que cette houle énorme subsiste.

 De surcroît le front froid que nous croyons passé nous a rattrapé. Hier, ce n’était qu’une avant garde. La pluie se met à tomber, le vent devient fou et tourne dans tous les sens pour choisir finalement de venir de l’Ouest.

 En plein dans le nez, nous sommes dans un bouillon infernal de houle. Nous n’avançons plus, les voiles claquent, il faut tout réduire à presque zéro. SAIL ROVER en profite pour faire son meilleur numéro de pendule, à droite à gauche.

Il faut absolument soutenir le bas hauban tribord. Je ne suis pas séduit par l’idée de monter dans le mât. Je me décide, tout de même, à grimper par les marches du mât avec un harnais et une sangle pour encercler le mât au fur et à mesure de ma progression. Lorsque le ballant est trop fort je me cramponne de toutes mes forces, mains, bras, genoux, pieds, le plus près possible du mât, attendant que le coup passe. Finalement un cordage est gréé  à la première barre de flèche que l’on tend à fond avec un des gros winchs arrière, ayant au préalable fait un relais avec une grosse manille.

                            

 vers GAMBIER -800 milles- vent ouest faible

Toute la nuit moteur. Voici 24 heures qu’il ronronne sagement.

 La houle s’apaise, le vent est très faible, complètement dans le nez Il faut continuer sous ce régime. La pluie a disparu..

            Nous profitons du calme relatif pour changer, renforcer, modifier le bas hauban.

 Conservant le haut existant et sain, remplaçons par un autre câble avec ridoir et trois serres câble nous créons quelque chose de sérieux et durable. Enfin la sécurité d’origine est retrouvée.

 

MERCREDI 08 JUIN 2005  vers GAMBIER  vent ouest faible

Le vent est très faible, venant de l’Ouest toujours, impossible de faire voiles vers les GAMBIER même en tirant des bords. Une illusion de N.O. en fin d’après midi. Jusqu’à une heure du matin nous essayerons en barrant nous même de faire route au CAP 300 avec difficulté pour essayer d’atteindre 240°.

 Les jours et les nuits se succèdent aussi fatigants. Le vent ne tourne toujours pas. Ouest, plein Ouest, exactement la direction de notre route. Moteur, moteur. Face à la houle et au vent nous faisons à peine 3 nœuds. Le gas oil va nous manquer et le vent nous fait défaut. 

Ce matin, pendant profitant d’une houle plus calme, Marie-Ange dans le carré réussit à recoller les lés décousus de la grande voile à la colle Patex, on la remet en service.

            IORANA est arrivé depuis deux jours : Alain et Evelyne par radio nous donnent un bon moral, en nous disant combien ils trouvent l’endroit agréable.

            Dans l’après midi Marie-Ange me soigne un anthrax qui a mûri dans le haut de mon dos et m’empêche de m’appuyer en arrière.

La journée a été assez bénéfique et nous a permis, à la voile, de gagner 5,5 miles vers le but. Mais en fin d’après midi, tout se gâte à nouveau, un front froid nous passe dessus.

            Des masses de nuages noirs, inquiétants. Tout d’un coup le vent change, passant subitement à 60° plus Sud.

Les voiles s’affolent, le bateau devient fou, ingouvernable. Grande voile arisée, génois enroulé à moitié.

 Le vent est violent, il faut s’arc-bouter sur la barre pour la contrôler et nous filons plein Sud , même nous reculons vers 170° alors qu’il faut atteindre 240°.

 Nous virons de bord et filons vers le Nord, cette fois ci Cap 330, ce n’est pas mieux. Cette chamade dure toute la nuit.

Nous avons fait un cap inutile et des milles dans une mauvaise direction.

LUNDI 13 JUIN 2005

vers GAMBIER- 450 milles - vent Sud ouest 10 /15 noeuds

Quelle galère ! Les jours passent et nous progressons peu. Le plus torturant est que l’on ne sait plus quoi entreprendre pour diriger le bateau au bon cap. Il refuse toutes les situations. Manœuvres sur manœuvres : rien n’y fait. SAILROVER ne sait pas tirer des bords efficacement.

 La météo annonce un vent N.O., il est Sud Ouest, et pour demain : idem.

            Aujourd’hui à force de batailler, tirer des bords, barrer nous même nous avons progressé de 10 milles vers les GAMBIER, bien que nous ayons parcouru 40 milles en courant vers le Nord, et revenant vers le Sud. Le vent a soulevé une houle de 3 à 5 mètres de face.

MARDI-MERCREDI-JEUDI 16 JUIN 2005

vers GAMBIER -400 milles restant- vent Sud ouest 15 noeuds

Que de jours et de nuits de galère, de fatigue et de manque de sommeil. Nous moulinons sans cesse sur les winchs, changement de surface de voiles, enrouler, défaire, prendre un ris, un deuxième, relâcher. Nous faisons avec peine une route pour rien.

         Marie-Ange fatiguée, a le mal de mer, démoralisée, elle attend que je dise que l’on renonce et fassions route sur TAHITI, le vent serait plus favorable.

            Moi : j’attends un temps meilleur. Après le passage de ce front très pénible, nous rendant la navigation imprécise et changeante, le beau temps est annoncé.  Un vent qui tournera dans le sens contraire des aiguilles de la montre : Sud-ouest, Sud, Sud-est : celui ci est annoncé pour demain matin.

PANNE DE MOTEUR

            En effet en fin de soirée, il est passé nettement Sud, mais très faible. Nous faisons un essai voile et moteur. Après un décompte maintes fois répété nous devrions avoir assez de gas oil pour arriver à 50 milles des GAMBIER. Le moteur démarre puis s’étouffe et ne veut plus repartir.

            La nuit est tombante. Avec une lampe baladeuse je m’attaque en premier au pré filtre. Le bateau est bondissant, monte à la houle et retombe brutalement. Le démontage n’en est pas facilité. Le bol en verre sous la cartouche est plein de boue.

 Méthodiquement je nettoie, souffle dans tous les trous, démonte jusqu’à la valve de sortie. Une fois fait et remonté, le moteur est encore récalcitrant au démarrage. Nuit noire, trop tard, j’en ai assez, nous verrons demain, au jour, l’exploration du tank où plonge le tuyau d’aspiration du carburant.

            Pour ne pas perdre un mille : Marie-Ange s’évertue à tenir la barre et maintenir SAIL ROVER sur sa route.

La vitesse finit par être pitoyable : 1,3 nd, la houle s’est calmée.

 A minuit nous roulons le génois, grande voile à son dernier ris, barre amarrée, nous filons dormir.

Impression irréelle, calme soudain, solitude et lune sur un Pacifique immense, à peine ondulant sous des milliers d’étoiles.

 

 

VENDREDI 17 JUIN 2005

 vers GAMBIER – 400 milles – vent  sud est faible

 4 heures du matin, le vent semble être revenu, presque Sud Est, manœuvre à nouveau, toutes voiles dehors nous gagnons encore quelques milles.

J’ouvre les plaques d’accès au réservoir de gas oil et transvase les 65 litres restants dans des bidons. Les compartiments seront raclés, nettoyés, essuyés. Une boue épaisse tapisse certains fonds et angles, se déplaçant au gré de la houle.

            Depuis huit jours que nous sommes barattés, les saletés ont été ballottées, brassées et donc aspirées. Le tuyau d’alimentation qui monte au pré filtre est bouché. Quelques bons coups de plein souffle font sorti l’intrus. Il n’y a plus qu’à tout remettre en place, remplir à nouveau la cuve avec le gas oil filtré. 6 heures d’une occupation dont nous nous serions bien passée. Essai de démarrage concluant, le moteur peut boire à satiété, enfin ce qu’il lui reste, pour au moins 40 heures.

             Belle journée, ciel bleu, soleil, grande houle espacée mais mer calme. Les cartes météo, transmises vocalement par radio, par Alain qui nous attend aux GAMBIER, annoncent que le vent doit passer Est puis Nord. Nous attendons, surveillons, épions chacune de ces variations car nous marchons voiles et moteur. Nos heures de gas oil sont comptées. Ce sera juste, juste. Il faudrait faire plus de 4 nœuds par heure pour atteindre la passe du lagon.

            Quel suspense, 30 jours de navigation nous suffisent.

            Le vent   S.S.O. à 20 heures est subitement Nord, oscille toute la nuit,  N.N.E. puis brutalement encore une fois est passé N.O. puis O. très modéré.

TERRE !!

Au petit jour nous sommes à 30 milles, la terre apparaît au loin devant nous, sous forme d’un bon massif élevé, affublé de trois plus petits détachés. La terre vient à nous petit à petit, l’espoir est là, c’est une renaissance. Les oiseaux réapparaissent et viennent tourner autour du bateau. La mer est un lac, le vent un soupçon, seul le moteur travaille vaillamment sans pouvoir dépasser 4 à 4,2 nœuds.

 Notre coque est sale, une couche d’algues bien vertes sont même venues envahir le dessus de la plage arrière. Des colonies importantes d’anatifes sont nichées sous la coque vers l’arrière, que de choses traînées nous freinent.

Nous nous préparons à réapparaître en public. Une bonne toilette, les cheveux retaillés, un chemise et short propres. Marie-Ange comme chaque jour me soigne cet anthrax qui m’ennuie depuis quinze jours, il mûrit, nous vivons en symbiose. Je le supporte sans problème, il est juste pénible pour dormir lorsque je me tourne et m’étends sur lui.

ENFIN, LA PASSE....

 A petite allure peu à peu la passe approche, on distingue très bien le rouleau déferlant que la mer développe sur les hauts fonds juste avant la passe. Une bonite s’est prise sur une de nos deux lignes.

 Elle est bienvenue car dans le lagon, la ciguatéra empêche de consommer la plus part des poissons.

La passe est là, très large, deux petites îles à contourner, nous sentons vraiment la protection de la barre corallienne.

 

Les quelques maisons du district sont regroupées dans un semblant de creux du rivage.

Pour y accéder nous suivons un balisage bien créé qui se termine par un zig zag serré et étroit en évitant les patates de coraux à fleur d’eau.

 Nous débouchons sur un plan d’eau calme et abrité où l’on mouille près des autres voiliers, une bonne douzaine dont plus de la moitié sont Français.

Samedi 18 JUIN-16 h

ARCHIPEL DES GAMBIER

Arrivée dans l’archipel des Gambier. Nous avons parcouru au loch, depuis les Iles GALAPAGOS : 3250 milles en 30 jours.

RIKITEA     Mouillage :23°07 sud-134°58 ouest

 ILE de MANGAREVA  - description

 L’île principale de l’archipel des GAMBIER, est Mangareva,dont le sommet culmine à 441 mètres : le mont LE DUFF, nom du bateau du découvreur de l’île, un Anglais qui a donné le nom de l’Amiral qui l’avait missionné : GAMBIER.

            Les villas du district sont groupées de part et d’autre de la route du bord de mer dans la petite baie de RIKITEA où se situe le village du même nom qui regroupe 80% de la population soit un millier d’habitants

            Les maisons sont presque toutes du genre préfabriquées, avec vitrage large, entourées d’un jardin en général agrémenté de pamplemoussiers, d’arbres à pain et autres arbustes à fleurs sur une pelouse verte. Les propriétaires sont ravis de nous offrir gracieusement tous les fruits que nous voulions.

La mairie, et la poste-bureau de change se suivent. Nous ne trouvons ni distributeur avec carte bleue ni bureau Internet. Cinq épiceries vendent à prix d’or des produits alimentaires. Les formalités sont simples et rapides à la petite gendarmerie,sans aucun frais.

 Le maire est une femme sympathique, courageuse, entreprenante qui aime parler avec les étrangers que nous sommes. Au guichet de la pimpante et minuscule mairie, nous payons un léger droit pour obtenir de l'eau potable : 4 € les 1000 litres que nous n'utiliserons pas complètement. Et le plein de gasoil est possible par fut de 200 litres à 1 € le litre.

     La cathédrale à l’extrémité Sud Est du village montre derrière le chœur principale de belles décorations faites avec la nacre des huîtres perlières ; principales ressources de l’île.  

            Les bâtiments du couvent, ancien haut lieu et fief du père LAVAL qui durant 30 années, a été le bâtisseur et a mis en éveil les habitants, tombent en ruines mais sont encore très présents, dans un enclos de pierres où l’on peut trouver des citronniers et orangers à foison.

            Juste avant le couvent, le seul maraîcher de l’île cultive choux, salades, tomates.  

            Le climat de l’île est agréable, pas très chaud puisque située à 23° Sud. Les températures varient entre 29° et 19°.

 Végétation tropicale et arbres des pays tempérés se côtoient. 

Mélèzes et pins donnent au mouillage devant le bourg, une impression d’être ancré au bord d’un lac de montagne.   

            Toutes les 3 semaines, spectacle attendu qui marque la vie de l’île, l’arrivée de TAHITI de la goélette.

Le nom est resté depuis l’époque de la voile, en fait il s’agit d’un petit cargo soigné, bien peint qui relie les îles entre elles et assure le ravitaillement et le transport de toutes marchandises.

 Il vient accoster contre un beau quai en béton.

Et durant 48 heures ses bras de charges déversent des trésors sur l’espace réservé aux marchandises tant espérées.

 

 

 PROMENADES

Nous nous sommes régalés de plusieurs promenades autour et à travers l’île. Chemins encore balisés et entretenus, signalés sur le bord de la route littorale par des pancartes blanches en bois.

Ces chemins autrefois empierrés, zigzaguent à travers des fûts souvent énormes, serrés, qui grimpent haut. Ils permettent de marcher à l’ombre, dans un silence apaisant, parmi des parfums de terre mouillée, d’écorces humides et de fleurs odorantes sur un sol souple. On aperçoit à travers les troncs le mouillage de Rikitea.

Pas de bêtes, peu d’oiseaux, des fruits de Pandanus en abondance et quelques fois des orangers ou des citronniers, hasard des pépins jetés par des marcheurs.

 Le chemin à l’Ouest vers TAKU longe la mer, il est semée de platiers qui affleurent, donnant au lagon des couleurs changeantes et magnifiques entre eaux plus profondes et les bandes coralliennes où sont implantées les fermes de perlicultures, plates formes sur pilotis construites sur le corail à la limite des eaux plus profondes.                  

            Le mont LE DUFF est à escalader, de ses 441 mètres, on domine le superbe lagon.

 Le départ depuis RIKITEA se fait avant la cathédrale par la route qui mène à TAVAKE ; arrivé au col, où est signalé le BELVEDERE sur la gauche, il faut redescendre par la route jusqu’au premier virage où commence le sentier.

C’est un sous bois magnifique par beau temps, à l’abri des frondaisons et sous les voûtes de branches allongées.

A dix minutes de cette entrée un ancien lieu sacré, de réunions et d’incantations marqués par un mur de grosses pierres, encore bien visible délimite une terrasse dallée. La promenade se poursuit, au milieu d’une verdure constante, en s’élevant progressivement.

 Nous atteignons une forêt de mélèzes, puis de pins, avant de déboucher sur les dernières pentes herbues du mont, semées de grosses roches noires et d’un bouquet de pins isolés où se cachent des chèvres sauvages qui fuient à notre approche.

A partir de là, la pente est plus raide, le spectacle magnifique. Une impression d’être seul au milieu de l’océan.

Nous apercevons l'ile de TARAVAI au sud-ouest des Gambier.

Les derniers mètres sont grimpés à quatre pattes, l’à pic est vertigineux d’un côté, de l’autre la pente très raide, le tout tellement étroit sur le sommet.

 Cinq heures de marche, bateau à bateau, mais sans efforts excessifs.

RANDONNEE PÉRILLEUSE

 La dernière promenade que nous venons de faire a été plus mouvementée, harassante, pleine d’imprévues.

            Partis par la route du centre météorologique, nous atteignons le chemin des « 12 apôtres ». Il descend facilement en zigzag à travers des sous bois jusqu’à la mer où nous aboutissons sur une plage de sable idyllique.

La marée encore basse découvre une succession de petites baies tentantes aux belles plages bordées de superbes arbres : cocotiers, tiarés qui sèment leurs fleurs sur le sable, pandanus aux gros fruits ronds rappelant l’ananas  dont les éléments sucrés et agréables au goût, font  le régal des crabes rouges et des bernards l’ermite.

Les pointes de ces petites baies sont rocheuses, il faut quelques fois escalader côté mer ou côté terre en se hissant sur des aplombs, à l’aide de racines ou de branches.

Nous avançons sans trop de mal tantôt sur le sable tantôt dans l’eau dont la transparence est étonnante ; dans les mares de gros coquillages exceptionnels sont attirants.

 Les baies défilent sous nos pas, la côte tourne d’abord à l’Ouest, vire au Nord Ouest puis Nord ; les îlots à notre gauche tel TARAVAI sont bientôt dans notre dos. On est enthousiasmés par le paysage oubliant l’heure.

            Notre idée en fait est de suivre le littoral désert, sauvage, inhabité pour retrouver, à un moment donné, la route qui rejoint le cap nord de l’île. Nous sommes partis sans gourde et sans nourriture mais un papayer nous donne un fruit mûr que nous avalons avec plaisir.  

            Et nous voici stoppés sur le rocher devant une tranchée envahie par la mer de 6 à 7 mètres de large. Un tunnel s’enfonce sous la paroi à pic. Certainement formé par une coulée de lave lors d’une éruption. Un courant violent monte et descend sans cesse. Dans le courant, les eaux sont claires si bien que l’on  y voit évoluer des poissons dont un superbe perroquet d’un bleu turquoise.

 Nous avons hésité à nous mettre à l’eau pour traverser ; le risque d’être emportés par le courant nous a fait choisir l’escalade, en revenant un peu sur nos pas.

            Quelques grands arbres montent à l’assaut de la pente finalement très raide.

 Tout de suite, nous sommes avalés par une végétation herbue, plus haute que nous, coupante comme des rasoirs, dont les tiges fragiles s’arrachent facilement de la terre friable et peu épaisse à cet endroit.

Pas d’autres solutions que de les prendre à pleine main des racines couvertes d’épines serrées et de s’y cramponner avec les pieds.

Marie-Ange suit ma trace, bientôt nous avons les chevilles et les mains en sang, coupées comme par une multitude de lames.  

Il faut contourner des amas rocheux en tâtonnant dans la végétation pour ne pas tomber dans le vide. La pente glissante fortement inclinée est semée de feuilles mortes très agressives.  

 Nous ne pouvons voir où nous allons, submergés par la végétation qui nous enferme, nous grimpons à quatre pattes s’aidant des mains, des coudes, des genoux, à plat ventre, poussant avec la pointe des pieds pour essayer de s’accrocher plus haut.

 En s’élevant la végétation devient moins dense, les herbes moins hautes, la progression plus aisée, on peut finalement se mettre debout.

 Les pins ont remplacé les mélèzes. Notre idée était finalement d’essayer en culminant de nous orienter, de nous diriger, d’écouter, essayer de percevoir des bruits de moteur nous indiquant la route forcément en contre bas.

            Ne voyant rien à cause de feuillages plus bas autour de nous, nous décidons, par sagesse, de regagner, en allant vers le sud, les bords de mer que nous avions parcourus le matin afin de retrouver notre piste.

Guidés aussi par l’heure avancée, 16 heures, il nous reste encore deux heures de jour. Il est indispensable de se sortir des bois, de ces fourrés pour ne pas y rester coincés par la nuit. Partis sans vêtements chauds, sans lampe, sans allumettes, la situation est stupide et point brillante.

            Nous choisissons des pentes qui semblent plus faciles, moins herbue mais finalement plus pentues. Descente sur les talons et les fesses qui en prennent parfois un rude coup, fouettés par des branches souples qui viennent nous cingler le front el les yeux au risque de nous blesser.

 Passages abrupts en se laissant glisser le long des troncs d’arbres, dont les branches cassent sous notre poids et nous envoient, quelques fois, rouler dangereusement au bord d’une paroi verticale.

La mer n’est plus très loin, une sorte de clairière nous en sépare, au sol comme labouré, à l’aspect boueux avec des reflets huileux.

 Marie-Ange s’y embourbe la première jusqu’au genoux, cassant une de ses sandales en essayant de l’arracher du sol, même chose pour moi ayant un mal fou pour récupérer ma chaussure.

 Finalement nous allons, tous les deux, pieds nus après avoir cru un instant que nous allions nous enliser s’en pouvoir nous dégager.

            A partir de ce moment, c’est une course contre la montre, afin de parvenir à nous sortir de là avant la nuit. En partie par la terre, enjambant pierres et troncs couchés ; en partie par les rochers, le reste sur les fonds de sable submergés par la mer maintenant haute.

 Mouillés quelques fois jusqu’à la taille, nous avançons, aussi vite que nous pouvons. Déception,  arrivés à un élevage de cochons en liberté en bord de mer, nous espérions y trouver quelqu’un et l’aboutissement d’un chemin. Rien, les visites du propriétaire se font par la mer. Personne, juste les cochons, heureux de nous voir, qui nous cernent et espèrent une nourriture.

Il faut continuer par la côte, moitié dans l’eau, moitié par le bord du bois enchevêtré de lianes infranchissables.

 Une odeur terrible nous prend aux narines. Un cochon est allongé sur le sable coincé par un tronc d’arbre, mort, noyé.

 Les petites criques et baies se succèdent interminables, semblables les unes aux autres. Le jour baisse.  

            A l’extrême limite de la lueur du jour, six minutes avant 18 heures, nous distinguons à peine   le chemin des « Douze Apôtres ». 

 Le sous-bois est obscur, nous ne voyons pas à deux mètres, nous cheminons pieds nus dans les broussailles, à tâtons pendant encore une heure.

 Enfin, les pieds et les mains à vif, on émerge de la forêt et nous reconnaissons avec soulagement le ruban clair de la route en terre tant cherché. Heureux de ne pas avoir à passer la nuit à la fraîcheur de la belle étoile.

 Nous suivons la pente qui nous mène au village, les articulations douloureuses n’ont pas la force de nous freiner.

10 heures de marche depuis ce matin. Affamés, fourbus, douloureux nous retrouvons avec joie le bateau.

 

14 JUILLET 2005 

LA FETE à MANGAREVA 

            Les fêtes se préparent longtemps à l’avance à Mangareva. Les répétitions des chants et des danses traditionnels se font assidûment depuis trois mois. Un groupe d’enfants garçons et filles, sous la direction d’un maître.

 Celui des adultes est laissé entièrement sous la direction de Dany, véritable artiste qui dessine les costumes, choisi les tissus et les couleurs, sans oublier les parures,les coiffures, sélectionne les chants, modernise les danses.

            Dany est un homme athlétique habillé en femme, cheveux longs relevés sur la tête et retombent en jet d’eau. Il a été élevé comme une fille depuis son enfance. Ici c’est un "ré ré". Il n’y à rien d’anormal à cela en Polynésie, cette situation est non seulement tolérée mais tout à fait admise par tous.

Des lignes d’ampoules électriques sont tendues au dessus des têtes et illuminent officiellement jusqu’à deux heures du matin, en fait tout ne se terminera jamais, chaque jour avant 5h30 du matin. Les derniers fêtards se déplacent en titubant, canette de bière à la main, d’autres sont écroulés par terre abêtis ou endormis.

            La nuit est tombée, l’heure annoncée est 18h30 pour le début des danses, elles commenceront une heure plus tard. Il faut laisser le temps à tous de se mettre en place. Les pick up arrivent chargés de monde, transportant des grappes d’enfants et d’adultes sur les plateaux.

L’orchestre se met en place avec des instruments locaux : Ukulélé, tambours, troncs creux, conque marine. Le chef d’orchestre, un gros costaud qui mouline des mains avec frénésie, tape sur une grosse boîte métallique cubique, autrefois de bouillons cubes, placée au milieu d’une bassine en aluminium pour faire caisse de résonance.

 Les danseurs se mettent en ordre par rangs : quatre filles devant, une ligne de trois garçons derrière, puis encore cinq filles et garçons. Le premier vêtus de pagnes verts en végétal, un haut assorti pour les filles, torse nu pour les garçons.

Une couronne épaisse de feuilles et de fleurs sur les hanches pour les femmes avec des parures de nacre, cheveux longs et noirs étalés sur le dos. La musique entraînante et frénétique que les danseurs suivent avec leurs pieds, leurs jambes et leurs hanches que les filles font bouger.

Tourner avec érotisme, c’est la danse UPA UPA que les missionnaires avaient faite interdire autrefois, la jugeant trop suggestive. Cette danse demande un effort physique énorme, le train est endiablé.

 Pourtant les danseurs offrent tout au long de ces exhibitions un sourire charmeur, tandis que les mains et les bras dessinent des mouvements gracieux tout en virevoltant. Ces danses et ces chants racontent les légendes de ces îles. Chacune a son caractère propre. Dany a su conserver la tradition et innover en s’inspirant du folklore marquisien.

            Le lendemain soir le spectacle est encore plus beau. Les enfants, en premier dansent et chantent avec enthousiasme.

 Les jeunes filles, cette fois ci, en rouge avec des coiffes magnifiques en plumet  brillantes de nacre.

Tous les bateaux (20 voiliers) de passage sont là. Nous essayons de communiquer notre enthousiasme et satisfaction par des applaudissements fournis, suivis par un groupe mixte de chinois, greffeurs de perles, en escale de travail ici.

Malheureusement nous sommes les seuls à applaudir, les gens locaux, au désespoir de madame Le Maire, restent de marbre.

Seules démonstrations de quelques hommes sous l’emprise de l’alcool veulent se mêler au spectacle en titubant devant l’orchestre et que Dany gentiment fait rentrer dans le rang des spectateurs.

            Soirées très agréables, spectacle brillant. Une ambiance familiale, nous profitons pleinement de ces fêtes entièrement offertes, sans être dans une foule envahissante

            La remise des prix, le dernier soir est très touchante. Danseur et danseuse appelés reçoivent leur enveloppe et font séparément, en guise de remerciement quelques rythmes de upa upa accompagné par un ou une personne du public qui se mêle spontanément au lauréat dansant en même temps que lui.

 Lorsqu’un cavalier fait défaut Dany le remplace vêtu d’une longue robe rouge, paré de nacre.

 C’est bien lui le meilleur danseur, dégageant une impression de facilité et de non effort dans ses gestes qui font crépiter les applaudissements.

 

ILE DE AKARAMU

Il faut bien s’arracher  à cette ambiance de bien être. Mais d’abord nous voulons visiter deux autres îles importantes du lagon. En premier AKARAMU, à 4 milles de RIKITEA. Après la sortie faite à la gendarmerie, formalité d’un cachet nous filons.

Peu avant l’arrivée nous communiquons par V.H.F avec JACKY afin qu’il nous guide pour entrer dans ce mini lagon. Des patates de coraux sont semées dans le passage qui est limité aux meilleurs endroits à 1m80.

 Seuls les dériveurs ou catamarans peuvent accéder. L’on mouille dans 2 mètres d’eau sous l’îlot MEKIRO.        

 

LAT. 23°10'323 S.  LONG. 134° 55'091 W.

Etonnante ile AKAMARU, aux eaux d'une pureté turquoise.

 Débarquement par annexe sur un petit quai en béton accueillis par un drapeau français flottant sur un mât. A partir de là part une large allée bordée de cocotiers, de plantes décoratives et de bananiers, on avance sur un tapis d’herbe rase, un véritable gazon.

 

  Impression d'être dans un parc gigantesque.

Le littoral côté du petit lagon est occupé par des plages de sable blanc bordées par une végétation abondante de grands arbres mêlés à des cocotiers, filaos,Pandanus,Tiares.

Bel îlot accueillant et calme.  

 

 

11 AOUT 2005 

 Changement d’îlot

        Nous relevons notre ancre du mouillage merveilleux d'AKAMARU pour retourner au village de RIKITEA, le seul existant aux GAMBIER et nous réapprovisionner en frais.

Merveilleux, mais dont la sortie est parsemées de corail affleurant, il faut surveiller. Un cata-ami s’est laissé surprendre cette semaine et y a laissé l’un de ses safrans.

        Grimpé sur le balcon avant, adossé contre le génois enrouleur, je regarde défiler sous l'eau les patates de coraux à éviter. Marie-Ange à la barre suit mes indications. Et l’on slalome.

 D'abord tout droit, nous virons ensuite à tribord jusqu'à voir l'alignement d'un certain piton sur Mangareva en amer avant de tourner en épingle à cheveux à gauche. Nous longeons le récif et, à nouveau à droite pour sortir dés que l'on voit les bouées sur lesquels s'amarrent les quillards.

ILE de TARAVAI

       Deux jours pour nous réapprovisionner en produits d'épicerie et pains, puis repartons. Cette fois ci pour TARAVAI, autre île dans le lagon un peu plus loin en direction de la passe Nord-Ouest, pour sortir de l'archipel.

        Une approche facile sous génois. Pierre-Jean et Hugues mouillés avec leur catamaran Séverance à l'intérieur nous guident par VHF.

5 bouées posées par Didier, montrent la faille dans le corail pour pénétrer dans cette nouvelle baie. Tout de suite après la cinquième, nous virons à gauche et nous mouillons par 17 mètres de fond.

 

MOUILLAGE TARAVAI    LAT.23° 08'90 SUD   LONG  135°01'36W

 

Pêche et promenade

        Chaque matin, pêche sous marine au milieu du corail sur des fonds de deux à quatre mètres avec Pierre-Jean. Je le suis à la rame afin de le récupérer d'urgence lorsque les requins deviennent trop pressants.

Le poisson tiré est choisi avec soin, en raison de la ciguatera : chirurgien noir à queue orange, perroquet bleu turquoise, et quelques uns gris, et surtout de taille moyenne. 

 Balade à terre, jusqu'à la plage devant la maison où vivent Didier et Dominique. Leur voilier amarré sous leurs yeux. Ils ont mis sacs à terre pour remettre en état une demeure abandonnée et une surface de quatre hectares envahies par une végétation vite étouffante aux arbres énormes et aux branches tentaculaires. Un petit paradis de calme et de verdure ou maîtres et chiens vivent dans un cadre pastoral.   

  L'après midi, nous nous promenons longuement sur les plages désertes, îlots inhabités, bordés de cocotiers. La jungle difficile à pénétrer est peuplée de poules sauvages qui se perchent à 20 m sur de hautes branches.

 Lorsque ces îles ont des petits reliefs, on aperçoit de grandes surfaces herbues, au dessus des arbre. C'est le domaine de tribus de chèvres redevenues sauvages. Elles tracent parmi les hautes herbes les seuls chemins que l'on puisse emprunter. Pistes nous conduisant de crête en crête avec des vues fantastiques sur les couleurs turquoises du lagon.

Chiens singuliers

        Un des chiens de Dominique et Didier, amateur de poules élevées pour la ponte, se promène tel un bagnard enchaîné à une grosse boule en plastique, un flotteur pour les filets, qu'il traîne entre ses pattes. Cela ne l'empêche pas de nous accompagner dans nos ballades, mais ne peut plus pourchasser les volatils. Il marche les pattes arrières déportées vers la droite pour éviter son boulet.

 Le deuxième des trois chiens de la maison, est un jeune tout fou, plein de vie sans cesse à courir et à mordiller. Amateur de la fumée du tabac, assis à côté de son maître, il lape littéralement les nuages de fumée, claquant des dents comme s’il avale des mouches invisibles.

 Quelques fois le chien a les yeux rouges et l’air groggy. Il revient de chez les voisins Polynésiens qui fument du PAKA (Hachich). Il se saoule de fumée et de vapeur avec délice. Drogué et calmé, il disparaît pour dormir, des rêves plein le crâne.

 

Accident de souris

 Didier hier soir, agacé par des souris farfouillant dans les provisions, s'est levé dans la nuit, armé d'un fusil sous marin et d'une torche électrique. Premier animal épinglé.

 Le second tiré à bout portant, la flèche a rebondi sur l'angle du mur donnant un fort recul au fusil. La crosse a heurté avec violence sa mâchoire inférieure.

 La lèvre s’est incrustée sur ses dents, la découpant en certains endroits. Le lendemain le chasseur ne pouvait plus ni parler, ni manger, tellement il était enflé.

Accident qui aurait pu être dramatique, sans moyen immédiat de communication pour la nuit, sans secours à proximité, sans médecin ou hôpital à moins de 2000 kilomètres, juste une possibilité d'évacuation sanitaire, par avion dans les 24 heures.  

Des nouvelles d’ami voilier

        Massimo par radio nous apprend qu'il s’est réfugié par manque de vent derrière un îlot paradisiaque dont il nous a donné les coordonnés : NUKUTAWAKE : 19°16S-138°46W.

        Cent personnes l’ont accueilli à la polynésienne avec colliers de coquillages autour du cou, invitation à déjeuner du chef.......

        Il est à 300 milles de nous. 24 heures de voiles, 36 heures de moteur. Juste un bassin de 500 mètres carrés où il pourrait rentrer. Il a mis son ancre à l'extérieur sur le corail en attendant que le vent tourne favorablement. 

          Ile de TARAVAI (GAMBIER) : Coup de vent

  

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Au mouillage à TARAVAI nous repoussons de jour en jour notre départ en direction de TAHITI à cause de la météo. Un jour de beau temps puis une nouvelle dépression rapide, nous apportant du Nord-Ouest, vent contre.

La nuit du 11 Août, le vent a soufflé fort : 35 nœuds. Chaque équipage des 4 bateaux présents sont à leur bord scrutant derrière les hublots les écarts que fait le voisin, tirant sur sa chaîne, partant à gauche puis à droite.

La journée du 12 le vent se calme un peu, la pluie tombe fort, très fort même. Cela nous permet, à l’aide de gouttières improvisées de compléter notre réservoir d’eau, les 600 litres au complet. La nuit est calme.

 Le lendemain matin la basse pression semble passée. Nous décidons de partir pour l’atoll de HAO. Première étape vers TAHITI 460 milles à faire vers le Nord Ouest.

Ile de TARAVAI-GAMBIER

 

        Vers l’atoll de HAO

 

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