GUYANE 

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rivière Kourou                   le ponton                        ile du Salut                         mangrove

(cliquer gauche sur titre ou photo)

 KOUROU

ILES DU SALUT                                                                                                       

NAVIGATION entre Guyane et Trinidad

KOUROU

le 20 JUIN 2004 

  LAT 05°08'843N   LONG 052°38’620W

  Le retour en GUYANE française après une absence de huit mois est pénible.

 La chaleur nous semble insupportable après le climat breton si vivifiant.

Pourtant dés la sortie de l’avion l’accueil chaleureux de notre ami Bernard  « l’Amiral », avec son air réjouit,  moustache à la mousquetaire qui s’est allongée et affinée, nous  réconforte.

 

Nous apprécions d’autant sa présence que les cent kilomètres qui nous séparent du bateau ne sont pas faciles à couvrir sans la bonté de cet ami qui a la gentillesse de nous véhiculer.

 La température est de 26°, quel progrès depuis octobre où nous avions 36°. Les pluies sont là, souvent torrentielles.

Le bateau nous attend sagement, dans le courant du fleuve Kourou, bien amarré à PARIACABO VOILE au ponton des BALOUROUS à KOUROU.

 

 

Beaucoup de voiliers fermés, quelques bateaux habités dont le superbe catamaran aluminium PITOUCAT de JEAN CLAUDE et EVELYNE qui ont efficacement veillé sur SAIL ROVER pendant notre absence.

  Le bateau aéré en permanence grâce à un hublot de pont entrouvert mais protégé par notre annexe renversée sur lui.

  

 

                                                                                                               Les vernis n’ont pas bougé, toujours aussi rutilants comme dés le premier jour où MARIE-ANGE les avait refaits à Rio au Bresil, l'an passé. .                                                                                                                     Le circuit des pompes à eau et à pied est désamorcé, bloqué par des concrétions, elles sont à démonter.

 

 

 

que de travail après 8 mois d'absence!!

La pompe des eaux usées des w.c. est inopérante, nouveau démontage, nettoyage, graissage. Les placards à linge et des vêtements, livrent des piles vert-de-grisés, beaucoup de choses à trier même à jeter.

Nous ouvrons les regards d’accès à notre tank gas-oil afin de nous assurer que les bactéries que nous avions traitées avant notre départ sont mortes.

 Il a fallu transférer les.15O litres restants dans sept bidons remplis un à un, puis filtrer le carburant avant de le retourner au réservoir. Les bactéries sont bien mortes, les dépôts qu’elles formaient comme des mères de vinaigre sont sèches, scindées, réduites en une sorte de tabac qui rempliront deux grands bols.

Ce travail est complété par le nettoyage des filtres gas oil sur le moteur. Effort récompensé par un démarrage au quart de tour. Non sans avoir au préalable dégrippé la commande d’accélération et le bouton d’embrayage et de débrayage.

Notre réserve alimentaire  pillée par des milliers de charançons. Malgré nos emballages en bocaux de verre ou plastique. Le bouchon de coton imbibé d’éther penseront certains, aurait dû être utile .

Rien a été épargné : les biscuits, le couscous, les pâtes, le riz, le lait en poudre, nous avons jeté des kilos de marchandises en réserve. Drôle d’histoire pour ces charançons gavés qui sont finalement morts de soif. Il en est de même pour les cafards dont nos trois piéges étaient surchargés ; le bénéfice de l’histoire : nous n’en avons plus un seul.                               

            On nous avait dit, vous verrez avec le froid ils crèveront tous. La latitude de MAGELLAN n’a pas suffit nous les avions ramenés avec nous,tous, la chaleur et le manque d’eau  semblent les avoir vaincus.

Armés de la bombe WD 40 d'un côté et d'un tournevis de l'autre, nous voici partis à l'attaque des connexions électriques indisciplinées, il a fallu gratter, nettoyer, revisser.

    Quatre jours donc de travail ininterrompu : moites, transpirants dans des positions physiques qui tiennent du yoga tant la place et l’étroitesse des lieux nous demandent des contorsions inimaginables.

 Des muscles sollicités qui ne travaillent pas à terre. Chaque soir on a l’impression d’être moulus, fourbus, battus. Que le corps est douloureux lorsqu’on le sollicite intensément. MARIE-ANGE a du mal à poser ses pieds nus par terre.

La plante de ses pieds ne supporte plus ce que le plancher, le ponton, le cockpit lui offrent comme aspérités, obstacles, creux et bosses.

Que c’est dur de lever une jambe pour passer pardessus une filière, de lever un bras.

 S’allonger le soir sur la couchette est un bienfait, bien qu’il faille aller doucement pour étendre les jambes.

Où est le graisseur sur le genou, le coude ou l’épaule, une injection d’huile au silicone leur ferait peut être du bien.

 

            Aujourd’hui nous sommes enfin sortis de notre bateau.

Le ponton est devenu accueillant, gai et fraternel. Une assemblée nouvelle a du bouleverser les responsables, le nouveau bureau est archi sympathique.

Les avenues de KOUROU sous la pluie, l’asphalte inondé par flaques, une suite de maisons en bois style colonial en état de délabrement, des villas de béton, quelques bâtiments administratifs : un stade, une crèche, une banque, des épiceries chinoises surchauffées à l’intérieur. Une petite ville étalée sur des kilomètres sans grande animation.

Qu’il est difficile d'imaginer, que ce lieu chaud, humide, sans vie, est le nombril français du centre de lancement des fusées spatiales, comme les icebergs, nous n’en avons vu que le 1/9 émergé.

 Et nous l'apprendrons plus tard, nous avons raté le superbe envol d'Ariane ce 12 Juillet 2004, parfaitement réussi, satellite de 48 m d'envergure et de 5 tonnes et dont le programme est dédié à la performance haut débit d'Internet pour les Amériques.

Nous sommes prêts pratiquement à reprendre la mer. Seul nous retient le raccordement du bas hauban de remplacement que nous avons rapporté de métropole suite au T inox brisé. Une erreur de calcul incroyable de notre part, le demi ridoir de réserve n’a pas  la bonne dimension. Alors modification dudit ridoir chez un pro du coin.

Bonne nouvelle concernant l’octroi de mer tant redouté car nous avons dépassé les 6 mois autorisés, la loi nous autorise maintenant à 2 ans de présence continue dans le même pays.

  Nous vivons au rythme des marées qui nous laissent la moitié du temps dans notre trou de boue où des milliers de petits crabes autour de nous cherchent à aguicher leur proie en agitant une pince surdimensionnée.

Les charognards noirs, cou dégarni et rose, plumes mal cirées se groupent sur les branches des mangroves qui ploient, ou bien se disputent dans la vase morte des charognes pourries, alors que de gros poissons crevés mais trop frais sont à côté d’eux.

De petits hérons gris marchent avec prudence se penchant à l’horizontale, épiant une nourriture. Des BLACK-SHRIMMER (oiseaux godets) grands comme des frégates volent en rasant le bord de l’eau le long de la berge, le bout des ailes à se mouiller, le bec ouvert dont la partie inférieure trempe dans l’eau comme un godet afin de glaner quelques poissons.

Départ : alarme moteur

            Les adieux dix fois renouvelés. Faisant le tour du ponton pour la troisième fois : Olivier et sa femme, John femme et fille, Adrien et Michèle, Jean-claude et Evelyne, notre voisin immédiat femme et petite fille au bon sourire et yeux ronds.

            Nous reculons vers l’amont, profitant de l’étale avec un courant quasiment nul. Le moteur ronronne et nous propulse calmement. Première bouée du chenal virée, l’alarme moteur se met à gueuler, l’aspiration d’eau refroidissant le circuit moteur ne se faisant plus. Nous passons la deuxième bouée, coupons le moteur, jetons l’ancre dont les premiers quinze mètres de chaîne sèment sur la partie avant du pont de minuscules morceaux de rouille.            

            Après maints efforts et recherches, le rotor de la pompe eau de mer est à changer. Par bonheur celle ci est accessible relativement facilement sur notre bateau : les deux pieds à cheval sur le Sail Drive, le ventre à plat sur le moteur, avec les aspérités du carter qui vous rentrent dans le sternum et l’estomac, la tête en bas, on y arrive parfaitement.

Sur les six aubes du rotor deux ont disparu, deux autres sont à moitié arrachées. Marie-Ange se charge d’explorer les tuyaux et de retrouver les morceaux cassés qui risquent d’obturer à l’avenir la montée de l’eau.  Par chance l’ami Olivier, responsable du club nous en sort une des fonds de son bateau, exactement notre modèle que nous nous empressons de monter.

           

VENDREDI 2 JUILLET 2004 

KOUROU vers îles du SALUT (10milles)

MOUILLAGE ILE ROYALE  LAT.05° 17’ 227 N  LONG 052°35

16h30 Au haut de la marée, vent en plein dans le nez, moteur pour le tester, croisons le catamaran navette de retour des îles.

   18h15 au soleil couchant nous arrivons dans la petite anse de l’île ROYALE, un quai de pierres sur notre droite. L’île  forme un L sur notre gauche devant nous un bord de mer avec un mur de pierres et un alignement de cocotiers sur des carrés d’herbe bien tondus.

Juste en arrière les premiers des bâtiments du bagne , ceux pour la réception à l’arrivée des condamnés, également des entrepôts, avec le logement du maître de quai.

Un quartier résidentiel central, d’autres cellules en état de délabrement à côté.

 L’église avec quelques peintures religieuses, les prisonniers peintres se servaient de la nature pour reproduire les couleurs :

 du vert tiré des végétaux, les bleus des ailes de papillons, le jaune des fleurs, pour le marron introuvable les excréments faisaient l’affaire. L’île ROYALE était plus vivable en somme, plus douce.

 

    L’île du DIABLE peu éloignée mais séparée par un petit bras de mer avec fort courant était reliée, par une sorte de funiculaire actionné par un treuil, à la précédente.

 C’était l’île des politiques, là était le capitaine DREYFUS, on avait fait construire pour lui une maison en pierres de quatre mètres sur quatre, clos par un mur qui l’empêchait de voir la mer, lui ménageant une courette où il faisait des pas en dessinant des huit....
                    
 

 

DIMANCHE 4 JUILLET 2004  :  ILE ROYALE vers ILE de SAINT  JOSEPH

MOUILLAGE St JOSEPH    LAT. 05°16'970 N.     LONG. 052°35'031 W.

 A la fraîche nous levons notre ancre dont la chaîne est peine de boue collante, pour aller la mettre dix minutes plus tard aux abords de l’île de St JOSEPH presque à tout touche. Très verdoyante comme les deux autres envahie par les cocotiers importés qui ont eu tant de mal à pousser au départ.

C’est l’île de la réclusion, la plus terrible, la plus dure au point de vue détention.

            Un escalier de pierres, monumental fait de main d’hommes, sous couvert d’arbres, nous conduit sur le plateau où nous découvrons en ruine, une ville entière.

 Cernée par de hauts murs des bâtiments longs en carré formant des quartiers fermés par de lourdes grilles de fer rond, des enfilades de couloirs avec des restes de portes fortes à perte de vue donnant sur des cellules.

 

Le plafond est une grille épaisse parcourue sur le dessus par une passerelle et les surveillants scrutaient en permanence l’intérieur des geôles ; pas de toit.

 Comment faisaient ils à la saison des pluies, tous les jours pendant sept mois ce sont des torrents qui  tombent du ciel, sans pouvoir s’abriter. 

La rouille et la nature envahissent peu à peu ces lieux sinistres, des arbres énormes poussent dans les couloirs, s’accrochent aux murs, les chevauchent, traversent les ouvertures, soulèvent les terrassements.

            Sur un des frontons à l’extérieur « 1895-1898 », à l’opposé sur l’autre à l’entrée : RECLUSION en grosses lettres d’imprimerie.

 Impressionnant St JOSEPH, c’est vraiment l’île carcérale

Un iguane file dans les ruines, une route de terre aménagée, ombragée, magnifique fait le tour de l’île au ras de l ‘eau. La bordure en pierre de taille qui fait un garde fou côté mer nous remémore tout au long de notre marche, le travail de force ininterrompu exécuté par certains bagnards.

  Les histoires anciennes parlent de requins, nous n’en avons pas vu, nous nous sommes baignés aux abords du bateau. Sur chaque île un cimetière, de vieilles tombes un peu désarticulées, celles ci ne sont que celles des surveillants, des bonnes sœurs ou des militaires. Les corps des détenus étaient jetés à la mer, manque de place disait on.

 LA GUYANE vers TRINIDAD (600 milles)

      LUNDI 5 JUILLET 2004 

Nous nous préparons tranquillement au départ pour TOBAGO TRINIDAD. Fermer, fixer, arrimer, verrouiller.

            10 heures. Moteur en route, la chaîne tirée à la main pour récupérer l’ancre. Nous quittons notre mouillage, laissons les îles sur notre droite. Un dernier adieu à la navette qui s’est déroutée pour nous saluer, une connaissance du ponton.

            Marie-Ange se plonge dans l’alimentation électrique de notre pilote à vérin, qui le pousse sans jamais le rentrer, connexion après connexion, fil après fil.

 Lorsque enfin il semble fonctionner, c’est son alarme qui se déclenche maintenant toutes les trente secondes. Elle a du batailler durant quatre heures pour arriver à un vrai résultat

            15heures . Un vent léger gonfle enfin les voiles, nous pouvons arrêter le moteur et voguer en silence.

MARDI 6 JUILLET 2004

7 heures. Journée pénible, nous attendions du vent, il n’y en a pas. Nous sommes ballottés, malmenés, SAIL ROVER avance à 2 nœuds. 

 Nous endurons, ayant une provision limitée de gas oil, environ 65 heures d’autonomie.

Le vent est bizarre, passe arrière sans vraiment être suffisant pour faire porter les voiles.

 Vers 17 heures la ligne que nous traînions depuis le matin se tend horizontalement, une grosse prise qui part à une vitesse fulgurante cassant net le cordage de gros calibre, emportant leurre, bas de ligne en acier, émerillon et hameçon double.

            Le temps se gâte, la nuit tombée de grosses galettes nuageuses noires s’accumulent sur nos têtes nous obligeant à faire à plusieurs reprises appel au moteur, le vent tombant puis revenant mollement.

 A partir de 21h 30 nous sommes pris sous des rouleaux de pluie torrentielles faisant un rideau noir, un véritable écran, nous fonçons dans l’inconnu avec l’angoisse de couper la route d’un cargo ou d’un bateau de pêche.

La faiblesse et l’humeur changeante du vent empêche totalement notre régulateur de barrer et notre pilote électrique avait eu , dans la journée , une autre crise, une marche totalement anarchique, l’intervention chirurgicale de Marie-Ange n’a rien pu faire cette fois ci.

MERCREDI 7 JUILLET 2004

        VISITE EN MER DE LA "GRACIEUSE"           

            Au petit jour nous sommes éreintés, le temps n’est plus à la pluie mais le vent est toujours pratiquement inexistant, de toutes façons en plein face à nous. Ciel gris, mer grise.            

Calfeutré derrière notre bulle plastique, abrité de la pluie, je tiens la barre et j’ai l’œil sur le compas.

 Regardant à l’extérieur, quelle surprise de trouver derrière nous une grosse masse métallique grise, crachant une épaisse fumée noire, faisant comme un écran entre lui et nous. Il passe sa route coupant la notre, puis tout à coup vire à 180° et revient sur nous. 

Un bateau de guerre Français : "LA GRACIEUSE",  que nous veut elle à faire des huit derrière nous, crachant son venin noir autour d’elle.

A porter de voix, on entend des bribes : «  …..SAIL ROVER……..flag… » le tout débité en anglais, on ne comprend rien, entendant mal le son du haut parleur. Après de multiples détours autour de nous, nous pensons être débarrassés de cette minaudeuse. Nous reprenons notre cap lorsque Marie-Ange s’aperçoit qu’ils mettent un ZEPPELIN à l’eau, cinq personnes embarquent. Mais que nous veulent ils ? 

Nous allons au moteur à leur rencontre. Arrivés à notre hauteur, ils commencent à parler british, nous les rassurons tout de suite « speak french please ».

« Mettez votre pavillon lorsque vous croisez un navire de guerre » et votre V.H.F. sur le canal 16 ; Notre V.H.F. est hors circuit depuis ce matin. D’où venez vous ? Où allez vous ? Vous êtes partis depuis quand ? Finalement l’un d ‘eux monte à bord et note nos identités, celle du bateau, notre destination.    Très courtois, aimables ils repartent et nous abandonnent. ....

Nous cherchons la raison de cet abordage : sûrement un contrôle en raison du tir de la fusée depuis Kourou prévu pour le 12 juillet. Mais nous sommes à 90 milles de la côte, quand même.          

            Toute la journée a été grise, nuageuse, houle, pas de vent. Moteur, moteur, nous enrageons de ne pas pouvoir le couper et voguer en souplesse à la voile. Au début de l’après midi, le vent commence à prendre un peu corps et à vouloir tourner. En fin le silence, notre pilote aérien peut barrer, la nuit sera bonne, nous pourrons trouver le sommeil.

            JEUDI 8 JUILLET 2004  

 vers TRINIDAD

La journée commence belle mais la mer est trop plate et sans vent,  les journées de voiles sont tranquilles, la vitesse autour de 3 nœuds, nous nous traînons.

Dans l’après midi des masses nuageuses générant de la pluie remontent entre nous et la côte sans nous atteindre.

Après le dîner des nuages noirs s’espacent sur nos têtes au fur et à mesure que nous avançons, créant à chaque fois un souffle d’air plus important.

 

            21 heures. Prenons les deux premiers ris, prévoyant une détérioration du temps. A 23 heures je prends le troisième ris. La mer galope furieusement autour de  nous. Nous galopons au delà de 7 nœuds malgré les 3 ris et notre génois à moitié enroulé.

Toute la nuit la mer sera furieuse, avec une grosse houle déferlante qui nous aborde par tribord. Tout la nuit nous sommes malmenés, quelques vagues veulent monter à bord et nous mouillent subitement et complètement.

A l’intérieur des bruits de dégringolade, un livre qui faisait cale n’ayant pas été remis à sa place, une partie de la bibliothèque tribord est jetée sur le sol. Le four s’ouvre et libère un flot de récipients et casseroles, remisés là hors de son service de cuisson pour servir de rangement. Le tout valse dans un bruit de métal. Nous sommes  projetés, plaqués.

 Dans la matinée le temps semble s’améliorer, nous naviguons toujours voiles arisées ou enroulée à plus de six nœuds, le soleil est revenu au milieu d’un ciel bleu.  

Vers TRINIDAD

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