ARGENTINE

 

VALDES vers MAGELLAN (738 milles)

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Magellan                       Puerto Deseado             Cap-Dungenes                    Caleta Horno          Magellan-Virgenes

(cliquer gauche sur titres ou photos)

CALETA HORNO                              

DESEADO

SAN JULIAN

MAGELLAN  

MERCREDI 11 DECEMBRE 2OO2 

VALDES vers CALETA HORNO (264 milles)

Le vent à 3 heures du matin est Nord Est et même Est, le plus souvent ; à 7heures encore nord est. Puis subitement  ouest pas fort, mais avec une direction rêvée pour nous échapper de cette baie, en bénéficiant du courant. 

Dehors il faut courir vers l’Est pendant 30 milles le long de la péninsule VALDES jusqu’au cap NORTE et au delà pour éviter : hauts fonds, perturbations et violents courants jusqu’à 10 et 15 milles au large.

Lors des derniers 5 milles le vent a tourné de 180 ° en une minute, plein Est, nous obligeant à remonter Nord. Essayant ensuite de grignoter degré par degré pour avoir un meilleur cap.

 Le vent tourne avec les découpes du littoral, restant toujours face à nous au fur et à mesure que nous virions. A minuit nous faisons cap 130°, moins décourageant que les 360° de fin d’après midi mais, il faut faire 180°.

péninsule Valdès

Ce n’est qu’au petit matin que nous avons piqué vers le sud, au milieu d’une brume à couper au couteau, si humide que l’on a l’impression qu’il pleut. 

 Avec le soleil au cours de la matinée le brouillard s’est levé et vers midi la pointe DELGADA est par notre travers.

Inquiétude de notre troisième équipier le pilote électronique, après auscultation, on s'aperçoit que la masselotte s'est désolidarisée de sa base, revissage et tout rentre dans l'ordre.

   

  VENDREDI 13 DECEMBRE 2002

 Depuis 4 h 30 ce matin vent Nord Est 18-25 noeuds : voiles en ciseaux, génois tangonné et une garde sur la bôme.

 Le vent   bien établi depuis le lever du jour, nous fions plus de 7 nœuds, l’allure augmentant dans la matinée, par sécurité nous prenons deux ris et réduisons le génois enrouleur. La vitesse n’en est pas affectée, nous serons ce soir à CALETA HORNO bien à l’abri

CALETA HORNO   

Nous voyons se profiler devant nous l’île ARCE après laquelle nous devons virer.

Enorme caillou pelé et désertique fait de roches lisses et bombées qui tombent dans l’eau contre lesquelles les vagues se jettent à l’assaut furieusement, projetant haut dans les airs des gerbes d’écume.

L’eau autour bouillonne d’une façon alarmante, on se croirait dans une marmite géante en ébullition. Courant fort et creux de trois à quatre mètres créent des zones perturbées, il faut tenir la barre très ferme. Le bateau danse furieusement, descend des vallons, remonte, se tortille en tous sens.

 

Il y a quelque chose de terrifiant dans l’approche de cette côte déserte, déchiquetée, dentelée, battue par des vagues fracassantes, le bruit du vent venant ajouter à ce décor une note inquiétante.

En se rapprochant très près de la côte, la mer s’apaise, protection de la terre, brisant houle et vent. On cherche la faille qui nous permettra d’accéder au repos, rien aucun détail. Guidés par la position donnée par notre G.P.S. nous avançons confiants.

 La mer est montante, un plateau rocheux encore un peu émergé nous conforte dans l’idée que nous sommes bien positionnés celui ci étant juste devant l’entrée. Une brèche, un évasement qui part en biais, une ouverture de 30 mètres, c’est l’entrée de notre havre.

 Mouillage :  LAT.45°02'302 S.       LONG.065°40'966 W.

atterrissage  plutôt  périlleux

 Une chicane à gauche puis à droite, nous nous trouvons dans une sorte de fjord dont les parois rocheuses sont rongées, trouées, percées, dessinées par le vent et les eaux ; un bateau, deux bateaux, à ne pas croire.

l’endroit doit être visité par 15 bateaux par an et, demain matin nous serons 4  bateaux dans ce petit espace très protégé de la houle mais pas du vent.

Nous mettons notre ancre en passant derrière les voiliers déjà là. Je laisse filer plusieurs dizaines de mètres de chaîne.

 Le vent souffle fort de ses 30 noeuds, s’infiltrant comme dans un couloir.

Nous dérivons rapidement vers les roches, l’ancre dérapant sur le fond de kelp, impossible de reprendre la chaîne, la dérive nous entraîne.

Marie-Ange à la barre joue du moteur pour éviter les autres bateaux devant lesquels nous passons sous les yeux angoissés de leurs propriétaires.

Dans le coffre à l’avant une seconde ancre à jas très lourde de 35 kilos   préparée au bout d’un lourd cordage mais non dépliée.

C’est une ancre que nous venons d'acheter à BUENOS-AIRES, qui est pliable. Tandis que nous dérivons dangereusement vers la sortie je m’active à la déployer et la précipite à l’eau retenant son cordage que je tourne sur un taquet à l’avant.

Nous nous sommes arrêtés notre arrière griffant la roche, légèrement en pente, côté sortie bâbord de la calanque, si proche même que quelques minutes après le safran frotte contre la pierre.

SAMEDI 14 DECEMBRE 2002  

La matinée est chaude, ensoleillée, ciel bleu, tout est bien, nous décidons juste après le déjeuner de reprendre notre ancre pour mieux nous placer. J’ai  récupéré notre chaîne et la première ancre qui avait croché dans un paquet énorme de laminaires.

  En fin d’après midi  nous profitons de la douceur de la température, rêvant devant le spectacle de  l’eau, des roches, du ciel, bercés par le bruit du vent qui sifflant dans les hauteurs.

En face de nous sur une crête apparaît un gaucho à cheval. Son arrivée nous est annoncée par une sorte de cris modulés et lancés par intermittence.

 Se rapprochant de notre côté, je le salue fort de la voix, il répondit en faisant tournoyer son lasso au-dessus de sa tête.                         

 Quelle belle image nous avons eue ce moment là, c’était l’ARGENTINE dans toute sa tradition.       

 Annexe à l’eau pour descendre à terre et nous dégourdir les jambes. Derrière nous, une petite crique avec une sorte de plage qui chemine vers l’arrière entre des parois rocheuses, en pente légère, se rétrécissant.

 Des guanacos, de loin nous observent, immobiles, attentifs à nos déplacements. Certains isolés du groupe lancent des cris bizarres, aigus comme des ricanements de mouettes, hauts sur pattes, le cou long, bien cambrés.

Côté mer, une côte rocheuse pleine d’excavations, de grottes immenses qui servent d’abris pour les bêtes si l’on en juge par le tapis de crottes qui jonchent le sol des plus spacieuses.

Parmi les rochers au ras de l’eau gît le corps desséché, vidé, d’un lion de mer.  La peau comme tannée a conservé sa forme et même une partie de sa crinière, son odeur particulière et forte se dégage encore de son pelage.

 La colonne vertébrale, les os de la cage thoracique, tout est en place. Du crâne, il ne reste que l’os montre les mâchoires pourvues de 4dents énormes que nous récupérons, pour le souvenir.

Rien au loin sur la mer, pas une voile, juste les vagues, l’écume et le vent.

  MARDI 17 DECEMBRE 2002 

        CALETA HORNO  vers PUERTO DESEADO(162 milles)

Le Vent Nord-Nord Est à l’intérieur de la cala donne l’impression d’être fort, très fort même, dans ce couloir aux parois hautes et verticales, un effet de venturi accélère sa vitesse.

 Un des quatre bateaux, pavillon suisse, est parti silencieusement.

     Nous sommes attentifs au mouvement de notre bateau sous la poussée du vent. Il semble malgré son ancre, filer vers la sortie, je commence à ramasser notre mouillage lorsque l’idée nous prend de partir nous aussi, continuer plein sud vers DESEADO : 170 miles plus loin.  

A 4 bateaux dans ce bassin très protégé mais trop petit pour nous tous, il est impossible de lâcher en suffisance de la chaîne, le mouillage ne tient pas, surtout à marée haute et sous de fortes rafales.

 Nous naviguons avec trois ris vent arrière : cap 178°, la vitesse est de 6,6 nœuds.

Le vent siffle, hurle, les vagues s’écrêtent, les creux nous donnent des mouvements brutaux nous faisant parfois glisser sur le flanc. Cette fois ci les vagues ne vont pas dans le même sens que nous, rendant la navigation plus désagréable. Les mouvements plus secs, plus heurtés, de temps en temps une vague plus vicieuse vient frapper la coque de telle façon qu’elle s’élève, s’éparpille et vient frapper la capote sur le côté sous laquelle nous sommes à l’abri, presque parfait.

 Nous calculons qu’il faut atteindre notre but demain soir vers 18 h.30, début de la renverse du courant sortant de 4 à 6 nœuds dont on commence à sentir l’effet deux heures avant le plein de l’eau.

  La région sud : c’est à dire la Patagonie contrairement à ce que j’imaginais n’est pas du tout montagneuse, c’est une succession de terres basses, plates sans grand relief aux eaux peu profondes.

 A 15 ou 20 milles au large il y a de 20 à 30 mètres ; avec une multitude de hauts fonds et d’îlots.

Viennent se jeter en  mer un grand nombre de rivières, fleuves ou masses d’eau sous forme de lagunes. Les uns et les autres entraînant des volumes énormes de sables qui avec les mouvements de la mer se déplacent en permanence formant des bancs.

Il y a donc des courants, dans les estuaires, descendants et montants, dont la force est variable : 2 à 8 nœuds comme dans le premier goulet de Magellan, des marnages qui vont jusqu’à 12 mètres. 

Des courants côtiers dont les plus violents sont autour de la péninsule de VALDES qui se font sentir jusqu’à 20 milles en mer et dont l’action sur les hauts fonds ou autour des îles est très violente, qu’il faut fuir absolument.

MERCREDI  18 DECEMBRE 20002

 vers PUERTO DESEADO

La journée n’est pas si mauvaise, ensoleillée, le vent toujours puissant qui de N.NE dans la nuit, a tourné au N.NO continuant à tourner vers l’Ouest nous faisant redouter un fort coup de Sud Ouest dont nous avons été mis en garde par radio, en principe c’est pour après demain.

17 h 30 l’entrée de l’estuaire Deseado est à dix milles devant nous, tout est parfait car la renverse commence à 18 h 30, nous filons à grande allure vers le repos.

 

Trois ris et enrouleur à moitié. Le ciel est couvert de drôles de paquets nuageux très noirs qui remontent le vent : pourvu, pourvu, pourvu que ….

Le vent forcit : de 30 nœuds nous passons à 35 nœuds, puis 40 nœuds et en une minute il hurle et passe à 50 nœuds alors que nous n’avons plus que 2 milles à faire. Sous le nuage c’est l’accélération. Impossible d’avancer, nous nous mettons à la cape, désespérés d’être si prés sans pouvoir gagner l’abri qui est sous nos yeux, nous dérivons vers le Nord à la vitesse de 2,5 nœuds .

 La pluie vient s’ajouter à cela. En allant aux pieds du mât prendre le troisième ris, je prends une vague dans le dos qui me trempe pour la deuxième fois de la journée, glaciale.

 Une heure après nous pouvons reprendre notre route vers le port, le vent est tombé raisonnablement.

 Nous regagnons ce que nous avons perdu sous voiles et moteur lorsqu’un deuxième nuage a recommencé les mêmes simagrées : nouveau recul, à nouveau tout recommencer.

Un troisième nuage et enfin nous pénétrons dans la bouche du fleuve, remonter avec le courant contre le vent, au moteur, vers PUERTO DESEADO.

 Nous repérons la barge indiquée comme étant l’endroit d'amarrage.

Un homme est là pour recevoir nos amarres : surprise c'est Alan un ami Chilien connu à Nosy Be, à Madagascar, navigant sur un bateau de huit mètres qui est arrivé ce matin. Hasard incroyable de la vie et grosse surprise.     

          

Plus nous descendons sud, plus les ports ne sont que des abris de plus en plus simples fait pour quelques cargos au tirant d’eau peu élevé, et surtout pas fait pour les voiliers : pas de pontons, pas de quais à notre hauteur.

Il faut trouver les flancs d’un bateau sur lequel on peut s’accrocher parfois à plusieurs comme en ce moment où nous sommes 4, par couple de deux.

Le bateau en question est une grosse vedette de la maritime, elle même à couple avec un gros chalutier rouge complètement désarmé et rouillé qui domine de dix mètres au dessus du pont de son voisin.

Il faut escalader le flanc tribord par une échelle de corde sur laquelle on a peur de s’engager, pour enfin atterrir sur un tout petit bout de quai , d’une usine de conserves de poissons, grillagée, gardiennée et privée. 

Le lendemain nous avons transbordé 300  litres de gas oil par bidons de 20 litres. A bout de bras, de cordes, par section de bateaux à enjamber, manipulation, déplacement, un peu plus loin jusqu’à notre bateau ; pour ensuite : bidon par bidon le verser dans notre réservoir principal.

Toujours ce vent qui souffle, transperce et frigorifie car il vient du sud. Pas une minute pour aller jusqu’à un bureau Internet pour expédier nos nouvelles. Nous sommes toujours très loin des centres villes ou même des premières maisons ; cela prend une demi-heure et plus pour aller et autant pour revenir. 

  Lundi 23 DECEMBRE 2002

         DESEADO  VERS SAN JULIAN (131 milles)

traversée mémorable

Le vent hier après midi a cessé, tout est redevenu calme, ensoleillé. Bonnes prévisions pour les deux jours à venir. Vent Nord-Ouest et Ouest, très modéré : dix à quinze nœuds .

Il faut saisir cette opportunité pour partir. Je file à toutes jambes aux bureaux de la Prefectura faire les papiers pour la sortie. Prochaine étape à 130 milles d’ici SAN JULIAN.

 Nous avons un fort courant avec nous,  enregistrons des vitesses de 8 et 9 nœuds, cela va très vite. Nous commençons à nous inquiéter pour l’heure d’arrivée qui doit coïncider avec la marée montante à SAN JULIAN , il ne faut pas que nous soyons trop tôt.

15heures.Hélas,  Le ciel qui jusque là était bleu s’est couvert de nuages, des galettes noires énormes sont au dessus  de nos têtes, le vent forcit en s'inversant. Il faut diminuer et amener de la toile. La mer grossit, les vagues déferlent, bientôt la mer fume et s’envole. Hum les prévisions!

 C’est le déchaînement, une furie, des vents de 50 nœuds et plus ; la mer monte à l’assaut de la coque. Ce déchaînement fantastique va durer 15 heures jusqu’à 6 heures du matin.

 Nous sommes dans le cockpit à lutter contre les éléments. Ni le pilote électrique, ni le régulateur ne peuvent tenir le cap. Marie-Ange prendra la barre en main le plus souvent.

 Un moment dévastateur qui peut être démoralisant, la fatigue nous gagne, nous avons un peu froid, le temps à l’air suspendu, cela semble interminable.

 Une lumière non loin de nous nous inquiète : c’est le bateau suisse dans la même galère que nous, que l'on croise à moins de 10 mètres.

 Nous nous apercevons que notre grande voile à une laize décousue par les assauts du vent, elle n’est plus efficace, changement acrobatique avec la suédoise, sans harnais évidement!

Nous décidons, à sec de toile, de partir en fuite. La vitesse est tout de même de 4,5 nœuds et les vagues très importantes viennant sur l’arrière  nous soulèvent à chaque passage d’un rouleau.

 Le vent s’est calmé tout en restant musclé.

 Nous sommes à 60 milles de la côte. La décision à prendre est Magellan directe ou bien nous essayons de rejoindre SAN JULIAN. Etant donné que le vent souffle du sud ouest nous irons plus facilement à SAN JULIAN.

Nous avons un courant contre si puissant que sous voiles et moteur nous faisons un nœud cinq, quelques fois 2,5 nds.

 Le soir venu le vent est tombé, toute la nuit est un repos.

 Nous avons la surprise de nous apercevoir qu’à minuit nous voyons les dernières lueurs du soleil couchant et qu’à trois heures le jour se lève,  des nuits vraiment très courtes dans ces latitudes.

 

 

Mercredi 25 DECEMBRE 2002

  SAN JULIAN

Le temps est à nouveau magnifique, la mer plate, nous arrivons aux abords de la côte de San JULIAN, vers 11 heures, avec un courant de marée montante de 6 nœuds.

Il est inutile de se présenter avec un courant contre. Il est assez difficile de découvrir l’entrée de la passe, la côte est basse, sans grand relief.

 Nous avons la position de l’accès ainsi que, sur l’écran de l ‘ordinateur, la position du bateau avec son schéma d’avancement.

 Reste ensuite à louvoyer entre les bancs dont nous savons que celui de l’entrée s’est déplacé complètement depuis l’année dernière, du nord il est passé au sud !

 Trouver à terre des alignements qui restent invisibles pour nous. Finalement nous  mouillons en face de la ville derrière un banc.

 Le vent pendant ce temps est monté à 30 nœuds nous empêchant de descendre à terre.

 

Courant plus vent vont terriblement tirer sur la chaîne, nous en avons lâché 60 mètres, et surveillons au GPS notre position en contrôlant que nous ne bougeons pas sous les rafales fortes.

Depuis 2 jours le baromètre a fait une chute considérable, il reste bloqué à 978 mb.

 Autour de nous évoluent de nombreux dauphins très particuliers  pas de très grande taille mais noir et blanc.

 La tête noire, une bande également noire reliant la tête enveloppant l’aileron dorsal ainsi que la queue ; le corps, le ventre est d’un blanc éclatant rappelant celui d’une orque.

     

 

JEUDI 26 DECEMBRE 2002   

 SAN JULIAN

Depuis notre arrivée le 25 au matin nous n’avons pu aller à terre.

Nous avons changé trois fois de mouillage en 20 heures, ramasser à chaque fois 60 mètres de chaîne avec le guindeau manuel sous des rafales de vent, violentes et continues, une demi-heure d’effort à chaque fois.

 Il est absolument impensable de mettre l’annexe à l’eau nous n’arriverions pas à atteindre la plage devant laquelle nous sommes mouillés.

Dans ces conditions il serait même inquiétant de quitter le bord, de laisser le bateau seul.

 

A terre rien ne bouge, tout le monde doit être calfeutré. De temps en temps une voiture roule lentement le plus prés du rivage face à nous s’arrête un moment et repart.

Une dépression ne cesse de nous passer sur la tête. On attend un changement de météo, le baromètre est toujours aussi bas. Le G.P.S. est allumé en permanence, nous surveillons sans cesse notre position et vérifions que nous ne chassons pas.

Remarque étonnante, le point satellite nous place sur la carte exactement dans la nef de l’église qui se trouve en face de nous, nous devrions donc ne rien avoir à craindre.

 LUNDI 30 DECEMBRE 2002  

SAN JULIAN 

“CHINA MOON” est arrivé hier, nous sommes toujours très heureux de nous retrouver entre amis.

Dîner à bord de “SAIL ROVER”. Nous discutons des dernières étapes et conditions météo de chacun. PETE nous apprend que le port de DESEADO avait été fermé le jour de NOEL, jour où nous avions eu un fort gros temps en mer, fermé par suite de tempête, port impraticable aux cargos et autres, voiliers bien sûr.

Enfin nous pouvons aller à terre, prendre une douche chaude au camping municipal, faire des courses, communiquer par INTERNET et même téléphoner.

 La PREFECTURA aimablement et astucieusement nous répare notre V.H.F., la batterie de piles rechargeables a été remplacée par deux petites batteries de 9 volts chacune, installées en parallèle.

 Le responsable du bureau téléphonique et de la cabine INTERNET en ville,  nous  véhicule avec nos deux bidons de 25 litres chacun,  puis nous reconduit à la plage devant notre annexe, face au bateau. Comme je le remercie, il nous dit : Hospitalité du peuple Argentin...  

Avant de nous lancer à la rame, il faut porter notre plate, que nous avons mise au sec, hors de l’estran, s’équiper de veste et pantalon imperméables pour affronter la houle et le vent.

La plage de SAN JULIAN

Contre vent et courant il faut souquer très fort.

Pete et Shirley de CHINA MOON essaient de rejoindre leur bord deux heures après nous, impossible, le vent souffle fort, soulevant une houle courte qui prend d’assaut leur canot et le remplit.

 Voyant leurs difficultés pour quitter le rivage, j’envoie derrière nous 200 mètres de cordage flottant en propylène avec un bouée à l’extrémité qu’ils ont pu saisir, je les hale jusqu’à nous, arrivés trempés, les réconfortons par un thé chaud.

Ils attendent sous notre abri et au chaud, un apaisement des éléments. La situation est débloquée pour eux par l’arrivée d’un gros zodiac de la PREFECTURA qui fait le transbordement en les prenant à son bord et remorquant leur annexe.

Nous sommes décidés, les deux bateaux, à partir ce soir à la renverse de la marée de 21 heures avec un courant portant de 6 nœuds, marée descendante. Mais le vent encore si fort qu’il est trop difficile de relever chacun nos ancres affourchées, et décidons de passer une bonne nuit en reportant le départ au lendemain matin.

Nous étions le 6ème voilier de l'année, à SAN JULIAN.

MARDI 31 DECEMBRE 2002  

SAN JULIAN  ....vers  MAGELLAN (180 milles)

On nous annonce un Sud Ouest pas très fort, mollissant le lendemain.

 Nous nous levons avec un ciel bleu et quelques nuages blancs, un vent faible qui par chance vient plutôt de l’Est.

 Une heure avant la marée haute nous nous attaquons à relever notre première ancre avec soixante mètres de chaîne, travail au guindeau à main, centimètre par centimètre, 40 minutes de brinquebale pour en venir à bout.

 La seconde une ancre à jas, repliable éventuellement, de 35 kilos, 20 mètres de chaîne plus soixante mètres de cordage que l’on ramasse sur la poupée du guindeau. 40 minutes supplémentaires pour monter cette deuxième ancre à bord qui encore une fois a surjalé.

Inévitable dans ce genre de mouillage, 4 fois par jour nous montons et descendons et tournons forcément autour de l’ancre. Le violent courant qui accompagne les marées provoque ce mouvement tournant, il faut des ancres basculantes dans ce type de situation.

MERCREDI 01 janvier 2003 (no comment)

………………….vers MAGELLAN

La nuit a été excellente, vent très modéré, malheureusement passé successivement : Est, Nord-Est, Nord, Ouest et au petit matin Sud.

Nous l’avons de face, moteur pour appuyer et maintenir un cap pas trop mauvais, la mer est plate, une surprenante Météo, bien agréable pour nous.

 Nous sommes à 100 milles du cap VIRGENES qui est juste à l’entrée de MAGELLAN. Hier nous avions l’espoir d’y arriver ce soir, si le vent ne tourne pas cela sera impossible. Il faut pourtant aller vite, cette bonne météo ne peut pas durer ; dans ces régions Sud les changements de temps sont si rapides.

CAP DES VIRGENES

JEUDI 02 JANVIER 2003

La nuit passée aura été très calme,  mer plate, exceptionnelle pour cette latitude. Perdues la nuit dernière, nous avons aperçu hier matin les voiles de CHINA MOON, on se sent réconfortés de le savoir avec nous. Mais comme Peter ne se sert de son moteur que vraiment s’il en est obligé, nous le perdons de vue à nouveau, ayant le notre en appoint.

La nuit n’est jamais vraiment tombée, il y a toujours eu une lueur autour de l’horizon.

4h30- Le phare du cap VIRGENES est devant nous, le vent est Ouest, nous l’aurons en pleine face pour emboucher l’estuaire.  Le courant de marée se fait déjà sentir, notre vitesse est tombée à 2,1 nds.

Notre horaire nous semblait bon. Où sont les 7 à 8 nœuds portants ? Nous tentons de pénétrer, nous verrons bien, tant que le moteur est plus fort que le courant.

Nous avons demandé à la PREFECTURA par V.H.F. de nous donner l’heure exacte de la basse mer et de la renverse du courant. Sur les instructions nautiques on nous dit que le courant de 7 à 8 nœuds commence 3 heures après la basse mer ou de la haute mer.

Successivement Marie-Ange et moi parlons avec eux. Impossible d’obtenir une réponse à ce sujet. Nous leur signalons que notre batterie V.H.F. est faible qu’il faut aller vite.

 Inlassablement ils demandent notre call sign, épeler votre nom, dire notre position, où l’on va, d’où l’on vient. Dix fois répétée, la même interrogation sur la marée dix fois sans réponse, on nous fait passer du canal 16 au canal 12, puis revenir, sans rien de nouveau, pour finir nous coupons cette communication stupide et stérile.

Le vent Sud-Ouest commence à forcir ; contre vent et marée c’est impossible, nous décidons de mouiller au Sud de la pointe Dungenes.

DETROIT DE MAGELLAN

DUNGENES  POINT

       

 

 Une maison isolée devant nous, des antennes, plus loin le phare. Marie-Ange part à la quête de nouvelles instructions fiables.  Je la dépose sur la plage, surfant en arrivant sur de petits rouleaux.

Une langue de sable basse et longue peuplée de pingouins de Magellan, des colonies partout : sur la plage, dans l’eau, des centaines de milliers. 

 Une marche de six kilomètres pour atteindre le phare de DUNGENESS habité par une famille Chilienne de cinq enfants.

Le parcours se fait en territoire Argentin pour atteindre à la pointe la zone limitrophe des deux pays.

 Le gardien du phare, membre de l’inévitable Armada fait tout ce qu’il peut pour  renseigner et  donner les horaires des marées, de l’étale, de la renverse et de celle des courants portants, pour cela communiquant avec PUNTA ARENAS par B.L.U.

Ou bien départ ce soir à 20 heures ou demain matin 7h30. Nous préférons la navigation de jour afin de bien voir les innombrables plates-formes des exploitations pétrolières qui sèment le détroit.

42 milles jusqu’à DELGADA, l’entrée du premier goulet, pour les couvrir il est nécessaire d’avoir le courant avec nous. 

A son retour elle me raconte avoir marché à travers un maquis de buissons maigres et courts, occupés par des milliers de nids de pingouins, occupés par autant de jeunes attendant les parents pour la becquée.

Attendons donc à l’ancre entre DUNGENES et VIRGENES, basse langue de terre qui se termine du côté Atlantique par un cap légèrement plus élevé, sec, désertique et gris ; un phare, des antennes, quelques bâtiments.

16 heures : nous apercevons « CHINA MOON » qui tire des bords à l’entrée de l’estuaire, nous espérons le voir au mouillage mais il passe, continuant sa lente progression vers le premier goulet.

 Ce n’est donc pas ce soir que nous boirons le champagne sud africain, que nous réservions pour saluer notre arrivée à MAGELLAN.

 

ENTREE MAGELLAN-CAP DUNGENESS

VENDREDI 3 Janvier 2003

                                                                          

La nuit au mouillage est très dansante, le bateau roule dans la houle, le vent venant de l'Ouest siffle fort dans les haubans. Nous n’avons pas beaucoup fermé l’œil : aux aguets pour savoir si notre ancre ne dérape pas.

 Notre départ demain matin semble compromis, patience, il y aura forcément un calme et un changement de temps, la seule préoccupation est qu’il coïncide avec les heures des marées et qu'il soit portant.

La température au réveil dans le bateau est de 8°. Marie-Ange a allumé le poêle avec des boulets de charbon compressé, facilité remarquable, pas une fumée, il nous donne très vite une température douce très appréciée.

 

Des centaines de pingouins nagent autour du bateau, toujours l’air inquiet, l’œil aux aguets, sans cesse prêts à plonger à la moindre alerte. Ils s'interpellent d’un son grave, la mer agitée ne semble pas les gêner.

Au changement de marée, sous l’effet du courant, nous restons en travers de la houle forte, maintenant notre position devient très inconfortable.

 Un hélicoptère qui fait la liaison terre plate forme pétrolière est venu faire un vol stationnaire juste à coté de nous à hauteur de notre mât, Marie-Ange fait un signe du pouce pour dire que tout va bien, il est reparti.

Le deuxième soir, le vent est subitement moins fort au bon moment de la marée, maintes remarques disent que la nuit est plus propice parce que le vent moins fort.

 Vingt heures trente nous voila donc en route vers le premier goulet et nous sommes plein d’espoir, voiles et moteur nous avançons à trois nœuds le courant est encore faiblement contre.

Attentifs aux nombreuses plates-formes qui sèment le détroit, dans l’ensemble bien éclairées mais certaines, qui semblent abandonnées, ne le sont pas.

Marie-Ange à la barre, pousse un cri, un énorme rocher lisse comme un gros galet émerge à peine.

Il est là à 3 mètres, la collision est inévitable. Nous sommes venus coque contre roc sans bruit, sans heurt, sans mal : le galet est une énorme baleine se reposant en surface. Réveillée par le frottement,  elle se laisse couler sans mouvement brutal, sans peur, s’enfonçant tranquillement tandis que nous passons.

Nous craignions une mauvaise réaction, un vigoureux coup de queue, rien, une douceur dans la manœuvre, surprenant compte tenu de la taille de l’animal.           

Le vent force, la mer aussi, nous avons tout « dans le nez », notre vitesse ne dépasse jamais 4 nœuds alors que 7 nœuds sont indispensables pour arriver à temps à notre but. Avec une déception énorme nous faisons demi-tour et regrignotons dans la nuit les 12 milles effectués.

La nuit est noire, l’œil vigilant à cause des installations de pompage de gaz, dont certaines éteintes, que nous frôlons.  Nous sommes de retour à 1h45 du matin.  Nous  remouillons parmi les pingouins.

Le lendemain et troisième jour, le vent atteint 45 à 50 nds, et la houle deux à trois mètres de creux rendant notre position plus qu’inconfortable et extrêmement dangereuse.

 Malgré la deuxième ancre, nous dérivons très lentement vers le cap VIRGENES, notre G.P.S. nous renseignant seconde après seconde, nous décidons de partir.

 Le bateau monte et descend dans les vagues, l’avant s’enfonçant sous l’eau puis se redressant deux mètres au- dessus de l'eau.

 Pour le mouillage que je récupère habituellement en 35 minutes avec le guindeau manuel cette fois ci, il me faut une heure et demie, mettant toutes mes forces sur le levier, récupérant cinq centimètres par cinq centimètres.

 Trempé, transi, épuisé avec en plus l’angoisse de voir le cap VIRGENES se rapprocher dangereusement et de penser que nous allons nous échouer sur son extrémité.

 Finalement en extrayant la première ancre, nous avons balayé le fond et accroché la chaîne de la deuxième que nous remontons en même temps. J’ai pu dégager la chaîne de la première, libérer le cordage qui suivait le larguant en catastrophe après avoir fixé à son extrémité, deux bouées restant en surface marquant ainsi notre passage à MAGELLAN, laissant définitivement hélas, notre ancre à jas toute neuve (mais elle surjalait!).

 La mer fumait sur un mètre de hauteur .

Nous avons pris la fuite devant une mer énorme, avec des creux monstrueux soulevés par un vent qui hurlait de plus en plus. A sec de toile nous filions vers le nord à la vitesse de 4,5 nœuds.

Adieu MAGELLAN, nous y étions pourtant arrivés.

 

 

Le problème a été

- que ni l’Armada ni la Prefectura n’a voulu ou pu nous renseigner utilement,

- que nous avions une deuxième ancre trop lourde et mal adaptée,

- que le mouillage à DUNGENESS n’est pas un mouillage abrité, ouvert à presque tous les vents et surtout au sud ouest si violent ; il n’existe aucun abri pour attendre, peut être aussi n’avions pas eu de chance car pas un seul répit dans le mauvais temps excepté le jour de notre arrivée.

- La fatigue, le manque de sommeil, le mauvais temps continu, les rugissements ininterrompus du vent sont certainement des facteurs démoralisants à la longue. Nous filons donc en direct jusqu’à MAR DEL PLATA, 1070 milles plus au nord sans avoir de but précis pour l’instant.

 

vers QUEQUEN