ARGENTINE

 

MAGELLAN vers QUEQUEN (870 milles cap 28°)

 

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 clubVito Dumas        Carénage          rivière en crue          le port et les lions

(cliquer  gauche sur titre ou photos) 

DEMI -TOUR VERS LE NORD 4 JANVIER 2003

 Voici 9 jours que nous avons abandonné MAGELLAN et que nous remontons vers MAR DEL PLATA.

 Curieusement, à part les premiers 48 heures de furie nous n’avons pas eu de mauvaises conditions, un léger nord ouest presque constant.

 Notre près étant mauvais, nous mettons beaucoup plus de temps à progresser à cause des jours et des nuits de calme qui se sont succédés. Aujourd’hui nous sommes à 250 milles de MAR DEL PLATA. 

MERCREDI. La remontée est toujours aussi lente, pas de vent, avec le moteur nous ne dépassons jamais 3,7 nœuds, nous avons sans cesse des courants contre jusqu’à 1 nœud et plus.

 Le niveau de gas oil baisse forcément. QUEQUEN ou MAR DEL PLATA : c’est l’hésitation permanente. QUEQUEN est 70 milles avant MAR DEL PLATA, ce n’est pas grand chose mais tout de même 20 heures de moins.

Nous attendons un vent pour décider. Maintenant il n’y à plus à hésiter, ce sera QUEQUEN.

Hier après midi notre route croise un gros chalutier  de MAR DEL PLATA par une mer d’huile. Nous nous arrêtons pour converser par V.H.F. ou du moins essayer. Il ne parle qu’espagnol, un espagnol que nous ne comprenons pas et, leurs bribes d’anglais sont insaisissable.

 Météorologie mot universel nous donne la réponse « very good » -oui merci mais « el vento »- « el vento muy bien ". Les derniers 24 heures sont très pénibles.

 Sans vent le moteur est indispensable.

 

problèmes de bactéries dans le gasoil

 Sans crier gare à 22 heures le moteur stoppe subitement. Nous reconnaissons immédiatement les symptômes d’un défaut d’alimentation en carburant alors que nous avons changé : Pré-filtre et filtre peu d’heures auparavant.

La première guitare, à l’arrivée du tuyau d’alimentation est pleine, un bouchon bien tassé empêche toute circulation du liquide. Démontage, remontage, l’engin repart à la première sollicitation. Rassurés nous nous préparons à une nuit de repos lorsqu’un deuxième arrêt suit, puis un autre et ainsi toutes les demi-heures.

 Il faut, dans les fonds du bateau, déboulonner les trappes de visite du réservoir principal, plonger les mains dans la masse de liquide restante, encore 120 litres et se rendre à l’évidence nous sommes infectés par des bactéries qui se développent dans le gas oil.

 Cela forme comme une multitude de masses filamenteuses, un peu gluante, ressemblant à une « mère de vinaigre », qui restent en suspension dans les fonds; forcément à un moment donné aspirées par le tuyau d’alimentation.

Il est minuit, la houle faible mais présente, sommes fatigués, nous avons vidé le « tank » en transvasant dans plusieurs bidons notre précieux carburant, le filtrant au fur et à mesure pour séparer la lie.

 Difficile d’accéder partout à cause des cloisonnements intérieurs du réservoir afin d’éviter le ballottement de la masse liquide.

Nous avons fait de notre mieux, rempli à nouveau, nettoyé encore les circuits et redémarrons. Le jour se levait. La situation s’est améliorée mais le problème n’est pas résolu. La panne survenait toutes les deux heures.

 Réouverture des trappes du réservoir, j’ai remonté le tube plongeur d’aspiration très légèrement par rapport au fond de la cuve, d’un ou deux centimètres afin d’éviter qu’il ne traîne trop bas, à l’aide d’un fil solide de pêche, nous repartons.

 Il était 17 heures, 20 milles encore à faire avant de rentrer dans le port de QUEQUEN.

MARIE-ANGE et moi, dans le cockpit, ne disions mot, attentifs à la respiration du moteur, guettant le moindre signe.

 Mes pensées bloquées, n’osent même plus imaginer le meilleur : notre arrivée, après 13 jours de traversée, une nuit tranquille au mouillage, à l’abri.

dans le port de QUEQUEN talonné par un cargo

Le ciel devient très menaçant, zébré d’éclairs énormes qui illuminent le ciel et la mer, des masses de nuages noires en suspension au-dessus de nous, le vent semble forcir.

Depuis la ville un superbe feu d’artifice nous donne un spectacle féerique, fête dans cette ville balnéaire en vacance.

 Encore trois milles à couvrir. Une chaleur anormale nous enveloppe ainsi qu'un parfum délicieux d’herbes coupées.

 Une pluie lourde, serrée, battante, s’est mise à tomber, une pluie comme nous n’avions pas connue depuis des mois, une bénédiction pour dessaler le bateau, le gréement et nos cordages.

Il fait nuit, nous voici dans l'avant port de Quequen, une angoisse de voir que le vent monte fort contre nous, l’orage de la dernière minute, notre vitesse tombe à 1,7 nœud, et comble de notre anxiété, un cargo nous talonne, entrant au même instant, notre vitesse le gênant.

 Tendus à l’extrême, dégoulinants de pluie, les yeux cherchant les feux rouges et verts, espérant que le vent tomberait un peu à l’abri des digues, suspendant nos pensées mais écoutant la bonne respiration de la mécanique.

 Pourvu que, pourvu que rien ne s’arrête, pourvu que nous puissions progresser vers les lumières salvatrices.

Jusqu’au bout nous avons grignoté les distances, détendus peu à peu par le vent qui baissait, la pluie qui cinglait moins, les rives du port qui défilaient très lentement.

Avons terminé à l’ancre après avoir dépassé les quais, au milieu du lit de la rivière, après un pont détruit et un gros chalutier rouillé, échoué. C’était le treizième jour de mer.

 position mouillage     Lat 38°34S Lon 58°43W

                                                                                                                                                                     

QUEQUEN  : LE 6 FEVRIER 2003

PROGRAMME :ANTIFOULING ET REPARATIONS

 

SORTIE DU BATEAU TRES LABORIEUSE

Cette sortie de l’eau a été très laborieuse, étalée sur 3 jours. Ce minuscule club VITOS DUMAS bien sympathique n'a pas de structures pour sortir un voilier.

Le premier jour, au matin, nous nous présentons avec un courant qui ne rend pas facile l’accès sur le ber qu’il faut bien prendre dans l’axe, maintenu par des cordages à l’avant, sur le côté bâbord ainsi qu’à l’arrière pour le maintenir en ligne.

 Marie-Ange à la barre monte directement sur le ber mais sans pouvoir aller plus en avant parce que notre support roulant n’était pas assez descendu. Il faut attendre la marée suivante donc, retour dans la rivière.

Le deuxième jour au soir, 21 H 30, il fait nuit mais nous sommes sous les projecteurs, nous nous positionnons exactement.

 La journée entière se passe à faire descendre le fameux ber plus loin, le chemin en ciment de halage étant trop étroit.

A l’aide d’un treuil, de palans et de multiples relais, de sueur, finalement en utilisant une vieille Ford ancien corbillard on pousse  le tout à l’eau par l’intermédiaire d’un ancien poteau télégraphique pour servir de timon.

 Nous restons toute la nuit sur celui-ci, attendant le jour pour remonter à l’aide du treuil, nous sommes sur un plan incliné, dans la couchette les pieds en l’air.

 Troisième jour : le président du club, Jorge PEREDA  manage notre sortie de l’eau, agent du LLOYDS et VERITAS, il n’en finit pas de prendre des précautions, toute la matinée à souder 4 bras de soutien.

Le tracteur qui doit assurer la traction finale est arrivé. le chauffeur et l’engin aussi âgés l’un que l’autre, chaque fois qu’il veut aller en avant, il part en arrière, secouant le bateau de la coque au sommet du mât.

 Lorsque enfin il peur aller dans le bon sens, il se heurte à 2 mètres de là, à une butte de terre, qu’il n’a jamais pu franchir. Le tracteur trop faible et le bonhomme remercié, il faut reprendre le système complexe de poulies, manœuvrer centimètre par centimètre et finir finalement tracté par une Range Rover.

Deux bouteilles de Champagne MERCIER extra-brut made in Argentina pour remercier un ensemble de 10 personnes sont bien appréciées.

1er antifouling : Le bateau est couvert d’une barbe verte et longue depuis le niveau de l’eau jusqu ‘à la moitié inférieure de la coque et petits coquillages sur l’hélice : rien d’étonnant à ce que nous n’avancions plus.

2 - dépôt  notre dérive arrière que nous avons condamnée en position basse, afin que par vent arrière le régulateur d’allure puisse barrer, sinon cela lui est impossible.

Obligation de blocage car la dérive battant très fortement dans son puits, par mer houleuse, risque d’endommager celui-ci.

 L’inconvénient de cette situation est que nous ne pouvons plus la relever en cas de hauts fonds  ou d'échouage.

3- soudure  : Marie-Ange découvre que la base de notre cadène tribord est dessoudée de la membrure sur laquelle à l’origine elle est placée. Si bien que le galhauban n’est plus tenu que par une soudure sur le pont qui elle-même commence à se déchirer, certainement suite au gros temps connu à Magellan.

 Ce problème n'est pas difficile à résoudre, mais la « chose » se trouve dissimulée dans les placards ; il faut donc démonter toute la cuisine, meubles, cloisons ….pour y accéder et jouer de la tronçonneuse.

Reste aussi, le fait que le soudeur aluminium n’a pas un poste qui puisse se déplacer, on parle d’en faire venir de Mar del Plata à 130 km d’ici

Par conséquent, nous sommes raisonnablement ici pour au moins 10 jours si ce n’est pas plus ; nous attaquons demain matin avec l’aide de DIEGO.

 Depuis deux jours il fait un temps épouvantable, nous n’avons plus l’impression d’être en été ; un vent très fort suivi de grains violents de pluie, le niveau de la QUEQUEN RIO est monté si haut ce matin que l’eau est au pied de notre échelle d’accès à notre bord.

Temps très gênant pour nos travaux.

 

 Nous remplaçons la  grande bande de 6 m de poly-carbonate servant de hublot. Il a fallu à plusieurs reprises reposer en vitesse l’ancien panneau, faire une étanchéité sommaire et éponger à l’intérieur.

L’un est définitivement placé celui bâbord, l’intérieur est beaucoup plus lumineux ; pour celui de tribord nous attendons demain en espérant que le soleil sera revenu.

Notre dérive est enfin remontée avec de nouveaux patins amortisseurs, ainsi que des plaques de caoutchouc supplémentaires sous des blocs téflon pour l’empêcher de battre. Le système hydraulique permettant de relever celle ci est révisé également, nous attendons l’homme de l’art pour la mise en fonction.

Finalement ce samedi dernier nous obtenons, grâce au président du club, un soudeur spécialiste et sa machine.

Ils sont venus de MAR DEL PLATA, plus exactement il a fallu louer un pick up pour aller les chercher et ensuite les reconduire.

Un grand merci à Jorge PEREDA le président du club VITOS DUMAS sur la rivière quequen.

 jpereda@necocheanet.com.ar

 

 

Récapitulations des frais de réparations en 2003 :

- Sortie des eaux : 500.00 FF

-  4 couches d’antifouling - JOTUN ( Le litre 52.50 FF x 10 LITRES)

- remplacement  plexis soit 4.50 m x 0.38 m x 2 côtés, 3 cartouches silicone, 100 boulons inox :  2.350.00 FF     

 (3,50 m² a 600 FF le m² en 6 mm anti UV transparent).

- soudure de la cadène après démontage et remontage des meubles de cuisine :

         - location d’un véhicule pour Mar del Plata(130 KM) aller et retour deux fois : 600.00 FF

         - Forfait soudure pour 8 h de travail en fait 2 heures effectives  : 1.200 .00 FF

         - Main d’œuvre   :  550.00 F                                                                                                  

-  révision safran (3 Bagues en teflon de 8 cm diamètre sur 7 de haut)

- Soudure sur barre sectionnée à la base (elle tenait grâce à un bon boulon)

Révision de la dérive avec changement des 4 joints  (5,5 cm) spi intérieurs et extérieurs

    et pose de caoutchouc pour éviter le ballant : 1.300.00 FF

- Révision de l’hydraulique de la pompe qui remonte les deux dérives,

    démontage et Remontage et changement d’un des 3 pistons : 850.00FF 

-  et main d’œuvre et 5 litres d’huile.  

-  Occupation du sol pendant 16 jours à 40 FF par  jour : 650.00 FF

- main d'oeuvre de Diego : 130FF/jour.                                                                        

                                        

 QUEQUEN LE 24 FEVRIER 2003

 

Les travaux à bord sont pratiquement terminés.

Reste encore une couche d’anti fouling à mettre au dernier moment avant la remise à l’eau.

 Et à amincir, encore une fois, les caoutchoucs que nous avons rajoutés de chaque côté de la dérive.

 

 

LES FRANCAIS D'ARGENTINE

Les invitations mondaines pleuvent sur nous.

Presque toutes venant de la part  d’Argentins d’origine Française venus du BEARN ou du Pays Basque ayant des estancias alentour ou un peu plus loin, entre BAHIA-BLANCA et BUENOS AIRES.

Ayant appris que deux Français étaient de passage en bateau à voiles, ils viennent nous saluer.

La famille CARDENEAU chez qui nous sommes reçus sont propriétaires d’une ferme de 2.000 hectares de bonnes terres à céréales dont : blé, orge, mais, et tournesol.

Peu de bêtes sur ces terres trop riches pour l’élevage. Cultures ultra modernes : cartes des sols réalisées par G.P.S. avec couleurs différentes pour mettre en évidence le rendement.

Découpes données par ordinateur installé dans la cabine des moissonneuses qui teste à chaque instant la production de grain et indique le rendement.

Les sols sont drainés par d’énormes fossés creusés par des machines, afin d’assécher et d’éviter une humidité excessive.

 De place en place des groupes de silos, bien ventilés électriquement, conservent les récoltes durant un an, leur permettant d’attendre la vente au meilleur taux du pesos.

Deux fils autour de la trentaine sont ingénieurs agronomes dont l’un possède un doctorat en la matière après des études américaines à LOS ANGELES

Les origines basques et béarnaises sont présentes : un fronton de pelote existe, bien entretenu, mais cette discipline est souvent remplacé par le tennis.

Sur le frontispice des bâtiments agricoles on lit 1898, date de l’implantation du grand-père fondateur qui est arrivé de France à l’âge de dix-huit ans, s’est employé deux années comme mitron avant de louer ses futures terres pour faire de l’élevage.

 

Au cours de notre visite des champs, des oiseaux en masse s’envolaient devant nous. Un tas d’animaux traversaient la piste : deux tatous, un renard gris, des fouines, un lièvre.

 Lors de notre retour vers QUEQUEN en voiture avec des amis, le soleil couchant se reflétait sur des petits marécages, nous laissant voir des masses d’échassiers sauvages.

Après ces nouveaux amis d’autres viendront qui en apporteront de nouveaux. Une noria de visites sur le bateau et d’autres invitations à suivre.

 Vers MAR DEL PLATA

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