BRESIL 

 

VITORIA vers SALVADOR DE BAHIA (470 milles)

 

 

 

 

 

Salvador      Do      Bahia

(cliquer gauche sur titres ou photos)

- LOS ABROLHOS

- SALVADOR DO BAHIA

 VITORIA

SAMEDI 12 JUILLET 2003

13h45 larguons les amarres. Marche arrière avec grande précaution pour quitter le quai auquel nous sommes à la perpendiculaire, surtout pour éviter d'érafler le gel coat de 2 grosses vedettes rutilantes qui nous encadrent. Vent sud-est (10 nds), voiles établies, nous voguons à vitesse réduite, 4 noeuds, houle légère.

A la nuit, la pluie commence à tomber. Dans le cockpit, sous la capote fermée derrière nous, nous restons à l'abri, surveillant avec inquiétude la progression de ces masses nuageuses qui perturbent notre vent.

 La mer est devenue grosse, une houle ample un peu déferlante nous soulève, donnant au bateau des mouvements brutaux et saccadés extrêmement désagréables. Marie-Ange, malade de mer, se bourre de cachets.

La nuit entière sera une veille constante et une suite de manoeuvres précipitées.

Au petit matin un grain très violent nous oblige à sortir de sous notre couvert pour réduire, sans avoir le temps d'endosser nos cirés. Je suis trempé jusqu'à la peau malgré trois épaisseurs sur moi, sans avoir froid, la température de la pluie est presque tiède.

Toute la matinée continuera ainsi, alternance de vent et de calme.

Nous rallumons le moteur plusieurs fois pour combler les lacunes et ne pas être ballottés, malmenés sur une mer complètement déformée.

La reprise est dure. Les tornades de pluie se succèdent fréquemment.

 Impression que les nuages nous suivent, nous avançons à la même vitesse qu'eux, que nous ne sortirons jamais de cet environnement de pluie.

Le bateau a des mouvements hachés, secs, saccadés qui ne mettent pas à l'aise.

 C'est dans ces moments que l'on en vient à penser que les voyages en bateau sont une belle chose mais que les escales offrent une partie bien agréable de la navigation.

En fin d'après midi la mer se calme, le vent aussi. Le moteur est sollicité pour toute la nuit.

 

 

DIMANCHE 13 JUILLET 2003 

 Le phare des ABROLHOS :

 Il s'agit d'un groupe d'îlots coralliens, en réalité réserve naturelle. Sur l'île du phare, quelques maisons celles des responsables de ce domaine.

 On peut jeter l'ancre mais pas descendre à terre pour ne pas gêner les oiseaux, ni pêcher, ni plonger. Nous y avions prévu une halte, on dit cet endroit paradisiaque.

En août c'est la saison où, dans ces eaux déjà chaudes, les baleines viennent y faire naître leur baleineau.

 Nous sommes malheureusement limités par nos dates de visas et également nous voulons bénéficier du vent sud que la météo nous a promis durant quatre jours jusqu'au lundi 14 Juillet. Un direct donc jusqu'à SALVADOR do BAHIA, 490 milles.

A minuit, nous passons entre les îlots et la terre par le passage nommé canal des ABROLHOS, assez large avec des fonds de 7 à 12 mètres. Un petit cargo s'engouffre avec nous, nous faisons route ensemble, il a du réduire sa vitesse par précaution, car une fois sortie de la passe il accélère et nous sème.

7 heures. Le jour se lève, l'espoir de bons vents s'est envolé. Tantôt il est nord, tantôt ouest, nord-ouest, mais cela si faiblement que c'est à désespérer.

La journée a été forte en manoeuvres. Sans arrêt à changer la position des voiles. Génois avec son tangon à droite ou à gauche. Grande voile en ciseau puis reprise pour un vent de travers. Le vent est si faible qu'il faut prendre des ris dans la grande voile pour l'empêcher de battre car la houle reste.

 La vitesse oscille entre plus ou moins trois noeuds, souvent beaucoup moins. Nous résistons et laissons le moteur tranquille. Vers midi nous traversons une flottille de bateaux de pêche, construit en bois.

Avant très pincée, couleurs très vives, habitacle pour le timonier, le tout envahi de perches avec des boules de couleurs pour marquer l'emplacement de leurs lignes ou des filets.

 Certains tournent en rond devant nous, attendant notre passage pour continuer leur ouvrage. Nous saluons du bras réponse de même.

Vers 16 heures nous nous trouvons parmi un troupeau de baleines qui soufflent autour de nous, sautent lourdement, nagent en groupe.

La nuit tombée nous entendrons souvent comme des coups de canon, des coups forts et secs provoqués par les cétacés qui émergent de la surface en de puissants coups de queue et se laissent lourdement retomber dans des "slash" retentissants.

Je me suis enfin endormi à l'intérieur du bateau, un profond sommeil réparateur. Marie-Ange veille à la barre. Elle se trouve dans l'axe d'un bateau de pêche non éclairé, son lot de perches à boules, flotteurs et filets groupés non loin de lui.

Pas le temps de dévier, à pleine vitesse, vent arrière voiles en ciseaux, elle est entrée dans le paquet comme à un jeu de bowling, écartant perches, morceaux de polystyrène, écrasant les filets, entraînant le tout derrière un moment sans avoir pu remonter la dérive arrière à ce moment là descendue.

 Au bout d'une minute le paquet est resté derrière, tout est passé sans mal grâce à notre fond plat et à notre poutre de protection sous l'hélice et le safran. La lune qui était pleine cette nuit là nous éclairait fortement, l'angoisse était moins grande de ce fait.

LUNDI 14 JUILLET 2003 vers BAHIA

Le vent continue à souffler, avec des alternances d'ouest et d'est, et des signes d'épuisement, la vitesse tombe, il faut remettre le PERKINS en route jusqu'à l'aube, moment où le vent se remet franchement au sud est. Nous reprenons notre allure sous voiles, filant presque 6 noeuds, fonçant sur BAHIA encore à 125 milles.

Vers dix heures un long cargo céréalier, qui remonte aussi vers le nord nous dépasse très lentement.

Le vent monte progressivement, des nuages noirs s'accumulent et nous inquiètent. Il est grand temps de nous mettre à l'abri. Dés 18 heures, successions de déluge de pluie, trombes torrentielles sur une mer très levée. Le vent force.

 Nous descendons complètement la grande voile, le génois réduit jusqu'à la surface d'un tourmentin, le bateau se réjouit et file 8 à 9 noeuds vent arrière.

SALVADOR do BAHIA espérée avant la nuit sera à notre portée en fin de matinée. La lune devrait bien nous éclairer mais le ciel est si noir qu'elle n'arrive pas à percer les nuages. Pas une lumière, pas un cargo, pas un bateau de pêche.

 Nous fonçons seuls sur cette mer agitée, nous sommes ballottés, barattés, secoués; devant sans arrêt reprendre la barre. Nous veillerons alternativement toute la nuit, très attentifs. Le jour se lève sur une mer chaotique, déferlante, la surface en est blanche à perte de vue, le vent souffle en permanence à 40/45 noeuds du sud.

 

 SALVADOR DO BAHIA  

MARDI 15 JUILLET 2003

 

 A 10 heures nous sommes à 15 milles de BAHIA, la visibilité est très mauvaise nous ne voyons rien, que la mer en furie et la pluie qui tombe sans arrêt nous aveuglant.

 Assis dans le cockpit je regarde les montagnes d'eau qui se déplacent autour de nous. Les masses mouvantes se précipitent sur notre arrière, le bateau se soulève, monte avec la vague, bascule  en avant et entame un surf affolant alors que la vague roule autour de nous en nous dépassant.

Tout à coup, un bruit assourdissant d'eau en furie. Une vague sournoise déferlante arrive par le travers sur tribord, frappe la coque, monte à l'assaut du bord, arrachant notre cagnard, me passant dans et sur le dos, envahissant le cockpit entièrement.

La baignoire est pleine, de l'eau jusqu'aux genoux. Le vide vite fonctionne, la mer retourne à la mer nous laissant trempés, dégoulinants. Traîtresse de vague. 

 BAHIA apparaît dans le gris à travers une humidité, la vision depuis la mer est celle d'une presqu'île hérissée de grands immeubles modernes.

 Serrés les uns à côté des autres, une impression de malaise cet entassement forcené de ciment et donc de gens.

Salvador do Bahia

La vieille ville haute historique sera plus tard découverte, consolante, merveilleuse.

 L'arrivée est houleuse: 1000 mètres de fond succèdent brutalement à un haut fond de 60 mètres, le heurt aujourd'hui est violent. Les marches sont hautes et déferlantes jusqu'à ce que nous ayons doublé la pointe du phare.

Virons derrière elle cherchant du regard l'élévateur public : grand ascenseur qui mène jusqu'au centre historique en pleine vieille ville.  c'est notre amer, la marina accueillante est à ses pieds.

LAT 12°58 292 SUD LONG 038°30 884 W

JEUDI 17 JUILLET 2003

SALVADOR DO BAHIA

SALVADOR DO BAHIA c’est vraiment quelque chose à voir en priorité au BRESIL, superbe, étourdissante, magnifique, envoûtante.

 S’enfonçant dans la baie jusqu’à notre mouillage, on arrive au pied d’une falaise avec une petite zone littorale construite de grands bâtiments anciens.

 Façades couvertes de céramique, fenêtres ogivales en fer forgé, murs verts, bleus, marrons, jaunes....un mélange de couleurs qui donnent un air gai.

 Malheureusement nombreuses de ses grandes bâtisses n’ont plus de toits et sont prêtes à s’effondrer. Les murs chargés d’humidité sont envahis par des plantes vertes qui sortent des gouttières, des fenêtres, des corniches ou du toit.

Les peintures prennent alors une couleur gris verte. Un gros effort est fait pour la rénovation de cette partie de la ville, mais il y a tant à faire.

Un ascenseur rénové et modernisé monte, 80 mètres plus haut, sur le plateau pour un centième d’euro.

 Dés la sortie c’est l’explosion pour le regard : le centre historique, le saut en arrière, trois cents ans avant. Les immeubles administratifs aux façades somptueuses, la cathédrale, les églises : style portugaise avec des ors, des bois sculptés, une richesse débordante.

  Les boutiques pour touristes : des broderies, des nappes, des chemises, beaucoup de coton, des dessous comme autrefois: caleçons longs blancs avec un lien pour ceinture ou des caracos.

Du bois travaillé: couverts, plateau, bols, plats. Des pierres semi-précieuses: colliers, bracelets. Et beaucoup de peintures naïves très colorées qui me tentent mais je n’ai pas encore trouvé mon coup de foudre. Les oeuvres se répètent toujours un peu pareil, une impression de copie perpétuelle, de recommencement.

 Du charme beaucoup de charme, de la musique partout. C’est le Portugal d’autrefois, celui du temps ou le commerce du sucre était l'occasion des grandes fortunes mais aussi le temps du trafic des esclaves, d'ou une population noire très dominante, un mixage sans prétention, tout est naturel. Les gens sont gais, accueillants, très commerçants.

Puis les maisons des familles riches. Façades de couleurs différentes, rues grossièrement pavées mais avec des lignes, des dessins; des rues avec des pentes très fortes, très étroites par endroits.

BAHIA c’est vraiment le BRESIL que l’on imagine depuis l'Europe.

Depuis une heure du  matin notre quai dans la marina reçoit une course en équipage de gros voiliers, essentiellement british et à but publicitaire: CAPE TOWN - BAHIA.

Chaque bateau porte le nom d'une ville d'Angleterre, ou celui de CAPE TOWN et de NEW YORK.  Accueil avec clameurs, feu d'artifice, cris, éclairage maximum sur le ponton.(voiliers de 18 mètres).

La pluie tombe sans arrêt depuis notre arrivée, nuit et jour, tout ruisselle.

BAHIA vers  FORTALEZA

SAMEDI 26 JUILLET 2003

Quittons le ponton de la marina avec précaution et saluons nos deux voisins. L’air d’être là pour nous dire au revoir mais en réalité pour veiller sur leur coque de peur que nous fassions un écart.

Dernière halte à la station flottante pour prendre du gas oil, installation rare et bien pratique.

Nous sortons en même temps que BRISTOL,l'un des 8 bateaux de la course des clippers. Nouvel équipage pour l’escale Bahia-New-York,  entraînement oblige.

Nous longeons la côte contournant la pointe sur laquelle est bâtie la ville moderne, une infinité de gratte-ciel. Une collection de boîtes d’allumettes dressées, serrées les unes contre les autres.

 En passant par cette bande de 0,2 milles de large nous évitons le contournement d’un banc long de 5 milles gagnant 2 heures de navigation. L’endroit est très remuant : haut fond, rencontre de deux courants, houle.

Nous avons l’impression de naviguer sur des eaux en ébullition. La plage bourrée de monde défile sous nos yeux ; des véliplanchistes passent et repassent filant comme des flèches, « BRISTOL » plus au large tire bord sur bord, s’entraînant aux manœuvres en équipe.

 La journée sera belle, ensoleillée et le vent sud-est assez régulier. La nuit tombe sur un ciel sans nuage et sans lune mais très étoilée, par bonheur sans pluie. La côte toute lumineuse semble être une seule ville qui s’étire à l’infini. Un balai incessant d’avions décollent et atterrissent sur l’aéroport de BAHIA 

Vers FORTALEZA